Vingt ans après son apparition aux States, le Slam commence à être connu du grand public français. Il investit les lieux branchés de la capitale, avec ses leaders et déjà ses chapelles. Des premières scènes ouvertes au Pataquès de Belleville au Dancing de la Coupole, Eric Dubois a participé à l'émergence du mouvement à Paris, tout en restant très underground…
Pourriez-vous vous présenter ?TRONG> Je suis né le 22.07.1966 à Paris et je vis actuellement à Joinville le pont dans le Val de Marne. Je suis poète, slameur et accessoirement peintre. J'écris depuis l'âge de quinze ans. J'ai travaillé dans le Marketing Direct en tant que chargé de déduplication et opérateur-pupitreur. Ce n'est qu'à partir de 1995 que j'ai commencé à publier des textes dans des revues poétiques et littéraires (Ecrire Magazine-Rue des Poètes-Le Verbe et l'Image- Vers du Bitume- Les Cahiers de la Poésie- Slamzine- Politburo …). J'ai commencé à dessiner et à peindre vers 1997. Je suis actuellement à la recherche d'un emploi.
Quelle est l'origine du slam et comment vous y êtes-vous intéressé ?TRONG> Je sais que le slam est apparu dans les années 80 aux Etats-Unis mais je ne suis pas un historien du slam … En 1996 j'ai fondé une association LE VERBE ET L'IMAGE (dissoute en 2002) qui réunissait poètes, peintres, photographes et nous avons produit des scènes ouvertes dans des cafés de banlieue. En 1998, j'ai rencontré Vincent Jarry au Théâtre du Lucernaire qui avec son association POEMES EN GROS animait des scènes ouvertes le dernier dimanche du mois de 16 heures à 20 heures qui, lui-même m'a présenté Henri Mille, un autre poète. Et au printemps 1999 Henri Mille m'invita à une scène ouverte au Pataquès, un café de Belleville où officiait un certain Pilote le Hot. C'était bien avant le slam !
Le slam c'est la poésie des bas-fonds, la beauté des putes, le lyrisme de la racaille, les thèmes éternels de la chanson populaire, comment pensez-vous renouveler le genre ?TRONG> Je pense que le SLAM échappe à tout poncif. Le SLAM est avant-tout une tribune populaire où l'on peut voir et entendre des midinettes en goguettes, des amoureux transis, des contestataires de tout crin, des rappeurs, des conteurs , des poètes classiques, des performers avant-gardistes, des timides, des extravertis… Et les thèmes abordés sont divers et surtout authentiques, prononcés avec des accents personnels. Quant à moi, j'apporte ma touche qui n'appartient qu'à moi même si je peux être influencé par des poètes comme Nada ou Jules Dard. Je ne pense pas renouveler le genre mais j'essaie d'être tout simplement moi-même !
La drogue, l'alcool semblent être des disjoncteurs nécessaires à votre inspiration. Votre slam est-il soluble dans l'eau ?TRONG> Maintenant, il l'est. J'invente des autres moi-même qui dans le passé n'ont pas toujours été sobres avec un mode de vie sain. Mais j'invente ! Je suis un créateur de personnages, de doubles et je suis fasciné par la marginalité. Je ne suis pas un apologue de la drogue : je dresse un constat, je dessine le monde tel qu'il est. Un monde très dur et cruel. Et comme avec toute inspiration qui vient de l'inconscient intime et collectif, je retranscris mes rêves, mes fantasmes, je compose avec les souvenirs des terreurs nocturnes de mon enfance…Comme tout le monde, j'ai mes histoires d'amour, mes dérives, mes errances…
Le slam vient du rap, et vous, de quelles musiques vous vient ce flow incomparable ?TRONG> D'abord du Jazz et du Free, mais aussi de certaines musiques contemporaines, heurtées, disloquées, chaotiques et enfin d'une certaine attitude PUNK pessimiste, pleine d'autodérision et avec beaucoup, je l'espère, d'humour noir, un peu Dada. J'ai écouté les Stooges, Iggy Pop, les Clash, les Ramones, le Velvet, Jim Morrisson, Bashung, Gainsbourg, Léo Ferré mais aussi Coltrane, Ornettte Coleman, Mingus…
Parlez-nous de cet ACRYLIC BLUES, dont le peintre que vous êtes semble souffrir ?TRONG> C'est un blues intime que j'ai parfois vis-à-vis du monde car j'ai perdu les illusions de ma jeunesse. Ce sont les amours déçues, les peines de coeurs, les chagrins…Et c'est la peur de la mort, la peur de la vie…
Le slam c'est un art de rue, un art de parole. Quand on cherche un éditeur, comment on retranscrit l'énergie du slam sur le papier ?TRONG> Par la façon dont les mots sont disposés sur le papier, par l'absence de ponctuation, par certaines erreurs typographiques. La brutale spontanéité du slam crée des métaphores violentes, des associations d'idées non-politiquement correctes.
Vous parlez souvent de cendres, de dissolution, du choas considérable que vous êtes et faites allusion à Lazare. Avez-vous perdu tout espoir ?TRONG> Non, je suis devenu plus pragmatique. Mais j'ai confiance en l'amour entre les êtres, seul véritable moteur de la vie et non l'argent et la réussite sociale…
Pourtant vous vous dites imprégné d'un entité cosmique qu'on peut appeler Dieu alors, appartenir à l'absolu qu'est-ce que ça signifie ?TRONG> Etre en harmonie avec le flux tendu du monde et de Dieu s'il existe. C'est s'interroger et interroger le monde, épouser les énergies créatrices loin de toute contingence matérielle…
20 ans après son émergence aux States, le Slam commence à être connu du grand public français (avec des films comme SLAM de Marc Levin et Saul Williams). Il investit les lieux branchés, avec ses leaders et ses chapelles (Pilote le Hot versus Nada). A quand la Slam Academy ?TRONG> J'espère jamais. Cela doit demeurer UNDERGROUND.
Quels sont vos projets ?TRONG> Avoir un lectorat et un public plus important. Dire mes textes avec des musiciens de Jazz. Me produire sur scène en solo.