Sébastien Bailly publie "S'éditer " en janvier aux éditions Eyrolles. Un ouvrage où il étudie un phénomène en expansion : la pratique de l'auto-édition. Nous l'avons interrogé sur cette nouvelle économie de l'auteur, dont il est un acteur à part entière, avec son site La machine à écrire et un livre Préface, ou l'invention de la paternité sur manuscrit.com.
Pourriez-vous vous présenter ?TRONG> J'ai 34 ans. 10 ans de journalisme, 2 ans de communication, et 26 ou 27 ans d'écriture derrière moi… En fait, toute une vie tournée vers l'écriture. Une passion qui n'a rien d'exclusive, puisqu'elle se nourrit du monde extérieur, mais tout de même très prenante !
Comment est née l'idée de votre site, TRONG>http://www.la-boite-a-ecrire.comTRONG> ?TRONG> La Boîte à écrire est une agence de communication. Mais si je devais parler d'un site, c'est de http://magazine.la-boite-a-ecrire.com. Le magazine que je consacre à l'écriture, sous toutes ses formes. Là, il ne s'agit pas de gagner ma vie, mais de mettre à disposition des lecteurs le maximum d'informations et d'éclairages sur l'écriture, qu'elle soit littéraire ou professionnelle.
Chacun peut y réagir aux articles publiés. Une forme d'émulation qui me plait. Vous proposez "l'article clé en main", adapté au support, au ton voulu, etc. cela suppose une certaine virtuosité d'écriture, quelle est votre expérience dans ce domaine ?TRONG> J'ai écrit mon premier poème vers 8 ans. Je n'ai jamais arrêté, j'en ai fait mon métier. Je me suis pris pour un grand poète, j'ai fait des alexandrins, pas toujours très bons, j'ai pastiché, j'ai appris sur le tas. Bref, j'ai écrit, j'ai lu, j'ai écrit. Et, au final, on s'adapte très bien ! Il est finalement bien plus facile d'écrire pour les autres que d'avoir une oeuvre personnelle.
Vous y proposez également divers conseils d'écriture, d'ordre technique ou d'ordre plus strictement littéraire. Dans quelle mesure un écrivain peut-il acquérir un style personnel en suivant des conseils aussi dirigés ? TRONG> Mystérieux, ça le style. On a écrit des livres entiers sur le sujet… Il faut apprendre les règles, les intégrer, et, surtout, surtout, ne plus s'en soucier ! Je donne quelques cours, de temps à autres, sur le sujet. Ce qui bloque le plus les gens, c'est le souci de faire " comme il faut "… Et du coup, il ne savent plus comment faire !
Vous publiez en janvier un essai, S'éditer, aux éditions Eyrolles. Ce livre est-il le fruit de votre expérience personnelle ?TRONG> C'est mon cinquième livre. Alors, oui, on doit pouvoir parler d'une expérience personnelle. Les trois premiers ont été publié chez Marabout. Le quatrième est Préface ou l'invention de la paternité, chez Manuscrit.com. S'éditer est le dernier... En attendant le suivant le livre et l'édition, ont toujours fait partie de mes préoccupations. Le projet de réaliser un guide à l'usage des auteurs, à l'heure du numérique date d'il y a environ 5 ans. Il a fallu du temps. Mais je ne le regrette pas : le marché est bien plus mûr aujourd'hui qu'à l'époque. Un autre est prévu sur un autre sujet. Je suis entrain de l'écrire. Il est trop tôt pour en parler.
L'auto-édition, qui constituait auparavant un épiphénomène, se développe de plus en plus. Comment interprétez-vous cette tendance et les réponses de l'édition "traditionnelle" face à cette nouvelle économie de l'auteur ?TRONG> Aujourd'hui, tout auteur peut faire de son manuscrit un livre. Qu'il le fasse imprimer lui-même, qu'il passe par un prestataire ou par un éditeur. Il faut choisir en fonction de son projet et de ses ambitions. Si l'auto-édition se démocratise, c'est parce que les coûts n'ont rien à voir avec ce qu'ils pouvaient être il y a une dizaine d'années. Je ne suis pas sûr que, globalement, l'édition "traditionnelle" ait à se positionner par rapport à ça. Le métier d'éditeur est un métier à part entière. Pour accéder à une médiatisation de son livre, pour être correctement placé dans les linéaires, ont a encore besoin d'un éditeur. Bien sûr il y aura peut-être des exceptions, mais le livre "grand public" restera encore longtemps un livre d'éditeur. Il n'empêche que lorsqu'on s'adresse à sa famille, à ses amis, ou plus largement, à quelques centaines (quelques milliers dans des cas isolés) de lecteurs, l'auto-édition permet de maîtriser son livre, et d'atteindre ses objectifs sans investir une fortune. Le numérique met cela à la portée de tous.
Vous publiez un livre sur manuscrit.com : Préface, ou l'invention de la paternité, destiné à vos enfants, et écrit avant leur naissance. Certains écrivains pensent à leur lecteur lorsqu'ils écrivent, comment fait-on s'il n'est pas encore né ?TRONG> Ce livre a été écrit au moment où est né ce désir d'enfant. Tout naturellement, les réflexions du moment ont pris la forme d'un texte, une préface à ce que seraient ces enfants, sans avoir aucun moyen, forcément, de savoir ce qu'ils seraient effectivement ! Le texte est donc d'abord écrit pour ces enfants à venir. Pour qu'ils sachent, finalement, qu'ils sont nés du désir. C'était aussi une façon de mettre à plat ce qui s'imposait comme une évidence : désirer avoir des enfants, le vouloir, souhaiter être père, tout cela se confond, mais n'est pas exactement la même chose.
Ce livre n'était-il pas l'étape nécessaire pour pouvoir mesurer la responsabilité d'une paternité ?TRONG> Autant qu'à ces enfants à venir, c'est effectivement au père qui allait naître que j'ai écrit. Et, plus que ça, peut-être, à tous les pères. On a toujours le choix. Avoir ou non des enfants. Pourquoi s'engager sur une voie plutôt qu'une autre ? Malgré l'évidence que c'était pour moi, au moment d'écrire ces lignes, il me semblait naturel de poser la question, de définir ce qu'était la paternité pour moi.
Après la naissance de vos enfants, comment envisagez-vous la descendance ? Ne craignez-vous pas au moment où ils seront en âge de le lire, de ne plus être en accord avec ce que vous avez écrit ?TRONG> C'est un risque. Pris et assumé dans le texte même. Ecrire, c'est toujours prendre ce risque là. Mais faire un enfant, n'est-ce pas un risque encore plus grand ? En ces temps où le principe de précaution règne en maître, le plus logique, après tout serait sans doute de ne faire ni l'un ni l'autre ! Pour l'instant, en tout cas, tout va bien. Je suis toujours d'accord avec ce que j'ai écrit, et je suis le plus heureux des pères. Notez d'ailleurs que je ne suis pas le seul à être le plus heureux des pères… On se bat pour cette place-là !
Votre titre "L'Invention de la paternité", évoque aussi l'évolution du rôle du père dans nos sociétés occidentales, un phénomène de féminisation qui inquiète certains (cf. Alain Soral)…TRONG> Euh… C'est inquiétant la féminisation ? Les hommes font la guerre, ont plus d'accidents de voiture, meurent plus jeunes. Qu'on m'en préserve !
Pensez-vous, comme Rousseau nous l'a montré, qu'il est plus facile d'écrire un traité d'éducation que d'élever un enfant ? Plus largement, quels sont vos pères (spirituels) ?TRONG> Rousseau a bien des qualités, mais l'Emile est sans doute sa meilleure blague ! Elever des enfants n'a rien de simple, et je n'ai pas le sentiment d'avoir écrit un traité d'éducation. J'ai écrit avant l'éducation. Pour ce qui est de mes pères spirituels… Je me méfie de ça. On finit toujours par tuer le père, non ? Donc, je ne donnerai pas de nom, si je vais jusqu'au meurtre, je ne veux pas laisser d'indices…