Brigitte Ondoa Essono porte sa double culture comme un charme. Née à Toulouse, de père camerounais et de mère française, l’auteur rêve d’un monde métis où les communautés blanche et noire n’auraient plus peur de se mélanger. La réalité est toute autre, et c’est une vision bien sombre qu’elle nous donne de l’Afrique à « Abom City », capitale divisée par une ségrégation férocement économique. TRONG> TRONG> TRONG> Un extraitTRONG> Commander ce livreTRONG> TRONG>
Quel est votre parcours ?TRONG> Je suis née en France où j'ai vécu jusqu'à l'âge de 9 ans. Puis, j'ai rejoint mes parents au Cameroun. J'y ai fait deux premières années de journalisme que j'ai achevées en France où j'ai décidé de m'installer. J'ai passé ainsi de longues années loin du Cameroun, puis en 1989, j'y suis retournée, pour finalement y séjourner huit ans d'affilée. C'est un parcours un peu chaotique, certes, mais très enrichissant. Ma carrière de journaliste est tout aussi compliquée, et entrecoupée de plein d'autres activités.
Comment vivez-vous votre double culture franco-camerounaise ?TRONG> Je la vis très bien. Mon père a très bien été accepté dans la famille de ma mère, et ma mère dans la sienne. J'ai eu la chance d'avoir deux grands-pères qui m'ont beaucoup aimée. Et je me sens appartenir à ces deux cultures à égalité. Il est vrai que d'un côté comme de l'autre, j'ai ressenti parfois un sentiment de "différence" et de solitude. Finalement, quand on est métis, il faut s'habituer à ne ressembler à personne, ne serait ce que physiquement, mais à être ce mélange tout simplement. Il me serait impossible de choisir l'une ou l'autre de ces deux cultures. Je suis heureuse de naviguer de l'une à l'autre, même si cela m'expose aussi à plus de racismes : le racisme antinoir, le racisme antiblanc, sans oublier le racisme antimétis ! Mais cela ne m'a pas vraiment fait souffrir, au contraire, cela m'a permis de me construire.
Pourquoi situer votre histoire en 2015 ?TRONG> Je ne voulais pas tomber dans l'exotisme, mais au contraire montrer que dans ce monde moderne et urbain, mondialisé, nous sommes tous les mêmes, finalement. J'ai donc choisi de me décoller un peu de l'actualité, et me projeter dans un futur proche, mais la réalité m'a rattrapée et les récentes émeutes des banlieues nous montrent aujourd'hui l'angoisse et la violence d'une jeunesse laissée pour compte.
D'où vient ce nom : Soland ? Parlez-nous de cette capitale centrafricaine rêvée et "belle comme une page de catalogue de tour operator" ? Quels ont été vos modèles pour cette construction ? TRONG>Le Soland, c'est le pays du So. Le So est un rite d'initiation réservé aux jeunes hommes dans la culture Béti, celle à laquelle j'appartiens par mon père. Les Bétis sont un peuple d'Afrique Centrale, qu'on retrouve au Cameroun, au Gabon et en Guinée Equatoriale. C'est un rite très dur, qui fait appel au courage et à l'intelligence. J'aime profondément cette culture, qui m'a beaucoup faite rêver et parfois inspirée. C'est une façon de lui rendre hommage, un petit clin d'oeil pour rappeler que je lui appartiens et que je l'aime. Le pays qui m'a servi de modèle est bien sûr le Cameroun, dans les grandes lignes, et la ville (Abom City, la ville qui dort), c'est Yaoundé qui se trouve en plein "pays Béti" dans la réalité. Le Cameroun est un pays splendide où l'on trouve pratiquement toute l'Afrique. On l'appelle d'ailleurs l'"Afrique en miniature" : des plages magnifiques, une forêt équatoriale, la montagne, la savane, et même le Sahel, au nord du pays. Ses peuples sont tout aussi divers et sa culture très riche. C'est aussi un pays qui a la particularité d'avoir le français et l'anglais comme langues officielles, d'appartenir à la fois au Commonwealth et à la Francophonie et d'avoir également deux religions officielles : le Christianisme et l'Islam.
Comment envisagez-vous l'avenir de la cohabitation entre les communautés noires et blanches ?TRONG> C'est vraiment une cohabitation. Les deux communautés vivent côte à côte mais ne se mélangent pas. Bien sûr, c'est ma perception des choses. En fait, je crois que c'est surtout la différence sociale, l'argent, plus que la couleur qui séparent les gens. Même chez les "riches", les deux communautés ne se rencontrent que superficiellement. Je trouve que les Européens qui vivent là-bas font peu d'efforts pour s'intégrer. Il est vrai que la plupart ne sont que de passage. Ils vivent entre eux, fréquentent leurs écoles, leurs magasins, leurs cafés… Beaucoup quittent le pays avec leurs préjugés à propos des "africains" comme ils disent !
Qui êtes vous, parmi ces personnages ? TRONG>Ils sont tous un petit morceau de moi, plus ou moins bien sûr, parce qui j'y ai rajouté d'autres choses, grappillées chez des tas de gens que j'ai croisés au hasard. Victoire est proche de moi, mais aussi Ekudi, Raphaël, Mathilde…et bien sur, la petite fille, Sarah. Elle est ma part de fraîcheur d'âme et d'innocence, et d'ailleurs, elle n'est là que pour ça. Elle regarde, elle essaye de comprendre.
Que représente pour vous la francophonie ?TRONG> Pour moi, c'est un lien par la langue et la culture. Une famille. J'aimerai qu'elle soit plus équitable envers tous ses membres. J'aimerai que sa richesse soit mieux mise en valeur, car sa richesse, pour beaucoup, vient " d'ailleurs ".
Comment se porte le web camerounais, quelques signets à nous recommander ?TRONG> L'arrivée d'Internet au Cameroun a été une vraie bénédiction ! Il nous permet de communiquer bien plus facilement, par exemple, les chercheurs, intellectuels, professeurs peuvent se documenter via internet. Les étudiants aussi, et ça c'est formidable, parce que sur place, il n'est pas évident de trouver des livres. Certains journaux ont créé leur site web, des entreprises aussi. On peut les lire dans le monde entier ! Les Camerounais s'y sont mis très vite, et si encore peu de familles sont équipées à la maison, il y a beaucoup de cybercafés, pas trop chers. Ce qu'il faudrait, c'est que ça gagne les petites villes, les zones rurales du pays.
Pourquoi publier ce livre aux éditions Le Manuscrit ?TRONG> Il est très difficile de se faire éditer lorsqu'on est inconnu et sans recommandation ! C'est vraiment une question de chance, et il faut être opiniâtre. Je ne suis pas carriériste. Je veux m'exprimer et être lue. Ce mode de publication m'a paru intéressant. J'ai visité le site, et trouvé ça sérieux, bien mis en valeur. Le procédé m'a paru moderne, innovant et me convient parfaitement. Je trouve l'idée intelligente !
Quels sont vos projets ?TRONG> Publier les nouvelles que je suis en train d'écrire… J'ai aussi créé une petite structure, je m'occupe d'artistes de plusieurs disciplines, je démarre, ça me plait.
Propos recueillis par Audrey Cluzel, mars 2006.TRONG>
Je voudrais, ici, saluer la mémoire de Brigitte Ondoa Essono, une amie, une soeur, une interlocutrice exceptionnelle; bref une grande dame qui vient de nous quitter si brutalement, si tragiquement...Pensées à sa famille, à ses enfants.