Patrick Cintas rencontre Penvins du site Exigence Littérature
Patrick Cintas vit en Andalousie, à Mojácar. De métier en métier, il a survécu pour écrire son oeuvre unique : Les Jours, vaste work in progress de 1.800.000 mots, composé d'un poème, Alba Serena, et d'un roman-fleuve, Aliène du temps. La connexion est un fragment de cette oeuvre protéiforme découverte sur manuscrit.com par Penvins. > TRONG>http://www.e-litterature.netTRONG>
La 4e édition des Jours vient de paraître, revue et augmentée d'un nouveau roman : Les baigneurs de Cézanne à consulter sur le site de Patrick Cintas. > http://www.artistasalfaix.comTRONG>
La connexion John, un terrien, s'embarque pour un voyage spatial sans retour, mais le vaisseau est intercepté par des extraterrestres. Ils ne connaissent rien de la complexité humaine, ils cherchent son secret... Soumis à une série d'expériences, John résiste, jusqu'à ce qu'on l'accouple à une femme par l'intermédiaire d'un ordinateur... Un extrait Commander ce livreTRONG>TRONG>
Rencontre entre l'auteur et son lecteur Patrick Cintas, j'ai lu votre manuscrit "La connexion" et j'ai été séduit par votre maîtrise de la narration. On n'écrit pas un texte de cette qualité sans avoir longtemps travaillé son écriture. Pouvez-vous me parler de ce qui vous pousse à écrire ?TRONG> Je suppose que l'imagination et la pensée ont un rôle à jouer. Difficile, par les temps qui courent, de ne pas imaginer le pire et de ne pas y trouver de quoi penser (entre autres guerres, propagandes, publicités, impostures en tous genres). De là à franchir le fossé qui sépare le commun des mortels de l'idée de faire des livres, il n'y a qu'un pas. Et pour faire des livres, il faut s'en donner les moyens. La narration est l'outil le plus commode et parmi tous les genres narratifs qui hantent nos librairies, le récit de science-fiction n'est pas le moindre (je me réfère à la SF littéraire, c'est-à-dire celle dont il est question dans les romans et la bande dessinée). Face à une histoire mettant en scène des extraterrestres, j'ai choisi une langue collant au texte et non pas à mes sensations ou à mon désir de briller par le style.
Je ne crois pas que vous ayez répondu à ma question. Je ne vous ai pas demandé "pourquoi vous écrivez de la science-fiction mais bien pourquoi vous écrivez". Je répète donc ma question : Qu'est-ce qui vous pousse à écrire ?TRONG> Les mêmes raisons qui me poussent à écrire de la science-fiction, à savoir l'exploration d'une imagination (la mienne) et d'une pensée qui s'est frottée aux dures réalités de ce monde : réellement, pas en théorie ; mes raisons sont de première main. "Et, écrit William Faulkner, je me rendis compte à ce moment-là de l'infranchissable abîme qui sépare tout ce qui est vécu de ce qui est imprimé; ceux qui le peuvent agissent et ce sont ceux qui ne le peuvent pas et souffrent assez de ne pas pouvoir qui écrivent là-dessus." Voilà pour la douleur. La vie, pour nous qui n'agissons pas, est devenue d'une complexité dont ni la politique ni la consommation en solo ne peuvent résoudre les effets pervers. On a le choix - j'y viens, à votre question - entre l'overdose plus ou moins autorisée et une tranquillité d'observateur capable de renvoyer les reflets. Après tout, l'écriture est à tout le monde - beaucoup plus, n'est-ce pas, que l'air qu'on respire. Vous pouvez donc considérer que j'ai une petite idée de ce rôle de miroir contre toute idée de style et autres ornements. D'où le soin que j'apporte au choix de la voix qu'on va lire. Celle qui raconte "La connexion" s'est promis de ne pas s'interposer entre le texte et son lecteur. Le personnage principal est propulsé dans l'infini croissant. Ce voyage n'est rien d'autre que la même contamination, le même progrès dans l'uniformité, la même fatalité culturelle.
Il y a dans votre réponse, comme d'ailleurs dans votre texte, quelque chose qui me gêne, vous semblez ne pas vouloir aborder le vrai sujet. Votre tranquillité d'observateur qui renvoie les reflets du monde me semble un formidable bouclier qui vous protège mais aussi vous éloigne de dire l'essentiel, êtes-vous conscient de cette attitude ?TRONG> Le vrai sujet de "La connexion", en supposant qu'on prend le risque d'en aborder de moins vrais, ne réside en tout cas certainement pas ni dans les procédés narratifs, ni dans l'égalité de l'écriture ni dans la valeur d'une prétendue "expérience" du travail littéraire. Je ne sais pas si cela vous rassurera mais je n'attache à la littérature qu'une importance relative. Tout, dans "La connexion", concourt à l'expression d'une pensée (sans bouclier): la narration, servie par une écriture sans fioriture, coulante comme un discours, qui favorise la "logique" propre au récit de science-fiction ; le découpage, cinématographique, avec la rapide détérioration des premiers plans séquences et le montage final etc. Comme dans tous les récits de science-fiction, l'écriture est une matière au même titre que les éléments de fiction. Pour parfaire ma petite mise en scène de cette connexion entre l'humanité et les Ologs, j'ai renoncé à la "Fantasy" et au "Gothic". Je n'ai conservé que la logique implacable de cet homme tiré de la banalité quotidienne et qui ne perd pas le nord malgré la dangerosité des circonstances.
"La connexion", c'est d'abord le portrait de ce personnage tour à tour cobaye et aventurier, toujours rêveur. C'est l'homme moderne. Le texte, réduit à l'essentiel par un travail de brouillons successifs, exige certes de l'attention, raison pour laquelle j'ai opté pour un style neutre. Evidemment, la logique qui est caricaturée ici est la logique du genre. J'ai sans doute moins pénétré l'autre aspect de la science-fiction comme culture. Il faut dire que "La connexion" est un texte "tous publics". Si l'"essentiel" n'y est pas toujours dit, c'est parce qu'il revient au lecteur de se prononcer sur ce qu'il est.
Je vous sens un peu agacé par mes questions, vous avez écrit un texte de science-fiction remarquable et remarqué et moi je m'obstine à vous parler de cette littérature à laquelle vous dites n'accorder qu'une importance relative. La lecture d'extraits des "Jours" semble quelque peu démentir ces propos iconoclastes. J'aimerais que vous nous en disiez plus sur votre rapport à la littérature d'aujourd'hui, j'ai l'impression que vous ne la portez pas en très haute estime, y a-t-il cependant des auteurs que vous retenez ?TRONG> La littérature contemporaine ne m'a apporté que des raisons de penser qu'elle est aussi vivante et riche que celles du passé. N'ai-je pas été plus d'une fois dans l'attente du dernier texte de Beckett ou de Pynchon, mes contemporains ? N'ai-je pas été témoin, avec tant d'autres, de l'importance croissante de Perec ? Le dernier Robbe-Grillet ne m'a-t-il pas placé dans une autre attente ? Un de mes derniers bonheurs, il y a peu, fut la publication de "Madera de boj" de Camilo José Cela. Et tout ce qu'on découvre dans les revues, par exemple un texte de Butor ! Et jusqu'à cette Académie Goncourt 2002 qui cherche à renouer avec la littérature ! Quelle joie chaque fois que j'ajoute une section à ma connaissance de Finnegans Wake ! Pour ne parler que des plus connus. Et m'en tenir au temps présent car il n'est pas rare que le passé revienne avec un inédit ou tout simplement un texte jusque-là passé inaperçu. Je serais bien ingrat si je pensais que la littérature d'aujourd'hui ne laisse rien augurer de ce qu'elle sera. Je ne suis pas emballé par ce qui est à la mode, rien de plus.
Les auteurs dont vous parlez sont vos contemporains et leur littérature appartient à votre génération. Que pensez-vous des auteurs que lisent les jeunes générations, Angot par exemple ou dans un autre genre Ernaux ou encore Djian pour en citer quelques-uns ? TRONG>La vie est ainsi faite que notre propre génération est le milieu géométrique d'un temps qui s'étale des grands-parents aux petits-enfants et même quelquefois mieux ! On ne peut pas vivre autrement. Imaginez la mosaïque ! Je suis toutefois plus jeune que Philippe Djian et à peine plus âgé que Christine Angot. Autrement dit, ces auteurs ont le même vécu littéraire que moi, par exemple un oeil lorgnant sur l'incontestable réussite verbale de Céline et l'autre rempli d'une nostalgique considération pour de plus américaines visions du monde et de l'écriture. Ils ont moins de succès que nos aînés Stephen King et Michael Crichton auprès de ces jeunes qui font l'objet de votre attention. Qu'en penser ? Mais rien ! Les écrivains de ma génération, celle de Djian et d'Angot, n'ont pour l'instant aucune existence littéraire. Il faut sans doute nous lire, qu'on soit à la mode ou pas. Le temps dira qui a eu raison de quoi ! Angot passe pour une femme courageuse devant le risque d'écrire… Djian est capable se soulever des lièvres… Ce n'est peut-être déjà pas si mal à un moment de l'histoire où on ne sait plus trop quoi penser de la littérature et des arts en général. Ajoutons à cela que la littérature française d'aujourd'hui est sans influence sur le reste du monde. Question de goût ? Mais enfin, puisque vous me demandez pour qui je penche, et bien que ce soit pour Valère Novarina et son discours aux animaux ! Là au moins, il me semble qu'une oeuvre existe. Avez-vous lu Bernard Saulnier publié chez Hache ?