Le livre Usé par les projecteurs, Paul Tallin, présentateur trash d’une station TV à Londres, se retrouve privé d’antenne pour manque de résultats. Humilié par la presse, ruiné par ses excès, il cherche en s’enfuyant à Paris à retrouver un peu de sa superbe. Sur le point de redevenir l’étoile qu’il avait jadis été, son chemin de rédemption prendra un tournant imprévu alors qu’il présente en direct le show de l’année. Trajectoire médiatique d'un personnage en orbite précaire, Supernova est une chronique cruelle et réjouissante des mondes télévisés. Voter pour un extraitTRONG> Commander celivreTRONG> TRONG>
Qui est Paul Tallin ? TRONG>Paul Tallin est une star de la télévision londonienne qui présente des émissions-débats à controverses. C'est un narcissique dépressif qui survit en usant de l'adrénaline que lui procure son travail et diverses substances chimiques. Il est dans le monde. Il a une copine mannequin. Il mange dans des grands restaurants. Tout le monde l'aime. Le bonheur.
Que lui est-il arrivé ?TRONG> D'abord renvoyé pour manque de résultats, il rebondit en France avant de tout perdre de nouveau lors d'une émission en direct. Ulcéré par la manière dont ses anciens amis le laissent tomber, il décide de prendre les mesures qui s'imposent pour rappeler à ces gens-là les devoirs qui sont les leurs.
Parlez-vous du FNC ?TRONG> Le Front Nettoyage Consciences est une organisation à but non lucratif dont l'objectif est de rappeler aux médias qu'ils ont un devoir de respect et de service vis-à-vis du public en général et de Paul Tallin en particulier.
Son combat et la religion, c'est la même chose ?TRONG> Non, bien sûr, mais il le croit. Il a besoin de le croire. Pour pouvoir s'investir dans une cause aussi totale, aussi exigeante, il faut avoir la certitude que les objectifs sont justes, qu'on ne peut pas avoir tort. Faire appel à la religion, c'est, pour Paul Tallin, la solution la plus simple pour valider et universaliser unilatéralement le jugement qu'il porte sur le monde. Sans cela, il ne pourrait légitimer son comportement radical.
Il vous arrive de souhaiter "un retour de la morale, de la chasteté, de la probité" ?TRONG> Je ne crois pas à la morale coercitive. Ca ne marche jamais. Je ne crois pas non plus dans l'individualisme forcené qui envahit le monde à l'heure actuelle. En même temps, c'est difficile de faire un choix. Comment éduquer les enfants, par exemple. En faire des êtres moraux, concernés par autrui, ou des machiavelistes, concernés par leur seul intérêt ?
Encore une fois, c'est le sujet central du livre : si c'est le bonheur collectif qu'on recherche, alors la morale est nécessaire, si c'est le bonheur individuel, la morale est un handicap puisque c'est une forme de restriction. C'est pour ça que la morale disparaît, parce qu'elle est gênante individuellement.
"Vous n'avez pas peur de déprimer les gens avec ces histoires ?"TRONG> Oh non, non. J'espère que le livre est drôle, amusant. Ca n'est pas parce que le monde est sérieusement déprimant qu'il faut déprimer sérieusement. Moi, j'ai beaucoup ri en l'écrivant. Mon livre, je voudrais qu'il fasse rire des gens dans le métro. C'est tout ce que je souhaite.
Au point où nous en sommes ? "Qu'est-ce qui pourrait bien frapper l'Esprit du temps ?"TRONG> Pas grand-chose. C'est justement ce qui est troublant. Plus rien n'est vraiment déterminant. Plus rien ne précipite de réflexion. On dirait que le monde est endormi, anesthésié par le taux de croissance ou quelque chose.
"Vous pensez vraiment que le Trotskisme a sa chance ?"TRONG> Le troskisme, non. Les trotskistes ? Ils ont un vrai capital sympathie… Ils sont touchants… C'est très français de vouloir protéger les espèces en voie de disparition. On est quand même un des derniers pays du monde à avoir un parti communiste qui s'appelle encore communiste… Ca rend la politique plus excitante en multipliant les agités… Y'a les mêmes à droite. Ca donne de quoi manger aux journalistes, aux chroniqueurs. On s'emmerderait quand même si on n'avait pas quelques bouffons en politique.
A quel âge on devient trop vieux pour la politique ?TRONG> Dès qu'on commence à en faire une affaire personnelle. Ca qualifie pas mal de gens.
Qu'est-ce qu'on fait quand "Dieu est mort et qu'il n'y a que de la chair" ? On écrit ?TRONG> Ce qu'on veut. C'est le point du livre. Si Dieu n'existe pas, alors tout est permis. Quitte à finir bouffé par les vers, autant faire ce qu'on veut entre temps. C'est la liberté absolue.
Vous sentez-vous utile (parfois, quand) ?TRONG> J'espère. Mais c'est aux autres de porter ce genre de jugement. Je fais ce que je peux.
"Qu'est-ce qui vous fait triper ?"TRONG> Skier. A fond. Jusqu'à ce que les cuisses brûlent. Rien de tel.
Vous avez une carte Gold ?TRONG> Non. Je vis dans un pays anglo-saxon et ici, les cartes bancaires sont vraiment des cartes de crédit. Si j'en avais une, je serais sans cesse endetté. Je ne peux pas me retenir. Je veux dire, la sensation des billets neufs, craquant, parfumés, qu'on fait glisser entre ses doigts… Je me connais, je ne pourrais pas résister. Qu'est-ce que vous pouvez nous donner de plus que votre bonne, bonne volonté ? Pas grand-chose. Mais comme j'ai étudié Kant avec application, je peux affirmer que c'est suffisant. Pour le moment.
"Ça vous brancherait de présenter une émission à succès sur une grande chaîne nationale ?"TRONG> Une émission bordélique en deuxième ou troisième partie de soirée, oui. Et seulement en France, pour avoir le droit de provoquer les gens sans être constamment censuré. J'aimerais bien pouvoir poser le même genre de questions que dans le livre, faire réagir les gens. Forcer un peu d'honnêteté. Je trouve que tout ce qu'on voit à la télé est trop consensuel, trop heureux, pour être vraiment intéressant et drôle.
Ce serait plus efficace pour parler aux "artichauts de l'humanité" ?TRONG> Ils seraient sans doute déjà endormis à cette heure-là !
Ce roman leur est-il adressé ? Ou leur cas est-il désespérément désespéré ?TRONG> Je suis d'une nature assez optimiste en général. Je ne crois pas dans la prédestination, donc il reste un espoir. Le livre est peut-être un bon remède.
On vous a déjà traité de "salaud de cynique" ? Avant ou après la lecture de Supernova ?TRONG> Cynique, oui. Salaud de cynique, non, pas encore. Ce serait une vraie promotion !
Qu'est-ce que vous leur répondez ?TRONG> Je leur sors la définition d'Oscar Wilde : "Le cynisme consiste à voir les choses telles qu'elles sont et non telles qu'elles devraient être". Avec Oscar à mes côtés, en général, ils se calment. S'ils insistent, je leur donne la définition qu'on trouve dans le dictionnaire du Diable - ma préférée : "Cynique n. Grossier personnage dont la vision déformée voit les choses comme elles sont, et non comme elles devraient être. De là l'ancienne coutume scythe d'arracher les yeux d'un cynique pour améliorer sa perspective." Et je leur propose de m'arracher les yeux.
Vous avez lu le dernier livre de Robert Plumet (alias Michel H.) ? Et alors ?TRONG> Pas le dernier, non. C'est terriblement difficile de se procurer des livres en français en Australie. J'ai lu les autres. Bizarrement, je préfère les premiers. Je les trouve plus cruels, plus drôles.
"Et les femmes dans ce pays ?"TRONG> Je ne sais pas si c'est parce que j'ai le mal du pays, mais les françaises sont incomparables. Divines.
Terminons cette interview sur une note positive. Chantez-nous une chanson d'Océane...TRONG> Seulement si je peux le faire avec des bottes en cuir et une mini jupe.
Note : Entre guillemets, les questions extraites du roman.TRONG>
Propos recueillis par Audrey Cluzel, mars 2004. Copyright Le Manuscrit 2004.TRONG>