Le livre Pétries de ressentiment et nourries de l'anarchisme passéiste de leur père, une bande de quatre adolescentes, rageusement intitulée "International Meufs Killers", entreprend de corriger "les meufs à fric qui les méprisent". Cagoulées et gantées, elles marquent au couteau les joues de leurs ennemies et sèment la terreur dans l'ancien pays de mines stéphanois où vécut Ravachol, leur idole. Un extrait / Commander ce livreTRONG>TRONG>
Quel est votre parcours d'écriture ? TRONG> J'ai commencé à écrire très tôt des nouvelles et des romans, mais j'ai attendu longtemps avant d'envoyer mes textes à des éditeurs. En 1986, Ghislain Ripault a publié "Chronique d'une parvenue" (aux éditions Arcantère), dans sa collection " Voix au chapitre " dont l'intitulé indique bien les intentions. Ce roman, à l'inspiration autobiographique évidente, a été perçu comme un premier roman. En réalité, il est postérieur à "Bachelette", publié en 2003, où la fiction - à tendance fantastique - l'emporte de loin. Entre temps, j'avais écrit et publié de nombreuses nouvelles, dont certaines primées dans divers concours. La nouvelle me permet une palette plus large. Mes romans ne sont pas longs et je les travaille comme des nouvelles. L'écrit court correspond à mon souffle : "La Légende des siècles" ou "Cent ans de solitude" ne sont pas pour moi !
Ce roman s'inspire-t-il d'un fait divers ? TRONG>Oui et non. Au départ, j'ai été provoquée par l'histoire de trois jeunes délinquantes arrêtées en 1998, dans la région de Toulon. Elles se faisaient appeler "Calamity Jane" et j'en ai fait les "Calamity girls" du premier chapitre. Il s'agissait de problèmes de droit commun : mes "meufs killers" ont l'ambition d'une action signifiante, au-delà de la revendication individuelle. Elles s'apparentent plus au gamin qui a balancé un petit avion sur un building américain. J'ai détourné les "Calamity Jane", pour les inscrire dans le contexte social et politique de notre temps.
Présentez-nous vos quatre "killeuses"…TRONG> On peut les considérer, elles aussi, comme des "calamités" ! Elles sont les filles du ressentiment : chacune ses propres rancoeurs et ses propres démons, mais toutes quatre en révolte et toutes quatre conscientes, au moins confusément, d'un monde insupportable.
Qu'est-ce qui aurait pu les sauver de leur violence, de celle des autres ?TRONG> Je ne sais pas… Des rencontres ? Des modèles à suivre, autres que les stars du business (spectacle ou sport) et de la consommation ? Peut-être l'engagement dans une lutte collective, comme y étaient davantage sollicités les jeunes des générations passées… Qu'est-ce qui pourrait aujourd'hui sauver les jeunes et les moins jeunes de la violence ? Un autre monde, certainement : mais ça, c'est une autre histoire.
Pourquoi avoir choisi de situer ce roman dans l'ancien pays de mines stéphanois ? Qu'est-ce qui vous lie à cette région, à son histoire ?TRONG> C'est mon pays, mes racines. Il me faut, pour composer mes histoires, les mettre en scène dans une terre connue. Je construis leur espace, mi-réel, mi-imaginaire, à partir de mes propres espaces. L'espace de "Meufs killers" est différent de celui des cités d'aujourd'hui, mais il existe et je pouvais y faire vivre ce genre de personnages. Si l'histoire se passait à Saint-Denis ou à Vénissieux, elle suivrait d'autres chemins.
Quelle mémoire Ravachol a-t-il laissé dans l'histoire officielle et officieuse de la région ?TRONG> Les personnes âgées le connaissent. Bien sûr, comme un modèle négatif. Les jeunes, pour la plupart, n'en ont probablement jamais entendu parler. Il fallait un père anar (et ma propre fascination pour ce genre de révolté), pour qu'il puisse figurer comme guide spirituel de Samantha, la meneuse de "Meufs killers". Récemment, le cercle de recherche historique de Montbrison lui a consacré une brochure : il n'est donc pas sorti des mémoires, ni des intérêts de la région. J'imagine très bien un spectacle de théâtre qui lui serait consacré…
"Meufs killers", "Chronique d'une parvenue" (Arcantère, 1986), "Bachelette, point vierge mais martyre" (Editions de l'Agly, 2002), "Chère petite Laurie", Encres vagabondes, 2000), "La jeune fille et le croupier", (Nouvelle Plume, 2000), d'où vous vient cette prédilection pour les personnages féminins… TRONG> Ce n'est pas un choix délibéré et elle n'a pas valeur de démonstration. Auteur femme (pas de e à auteur, s'il vous plait !), mon intérêt spontané et mes possibilités d'identification vont d'abord à des femmes. Dans l'idéal, un écrivain devrait pouvoir donner vie à n'importe quel type de personnage. Mais ce n'est qu'un idéal et je refuse de me forcer…
Quelles figures féminines (personnages, romancières, artistes, politiques,) vous ont marquée et continuent de vous influencer ?TRONG> Quand j'étais adolescente, je voulais être "Colette ou rien". Ensuite, ça a été Céline et si je pense écrivain, j'avoue qu'il me vient surtout des noms d'hommes ; avec tout de même aussi celui de Yourcenar. Dernièrement, deux livres écrits par des femmes m'ont laissé une empreinte forte : "La jeune fille à la perle", "La joueuse de go…" Mais je ne choisis pas mes livres, en fonction du sexe de l'auteur et je ne peux résister à citer Bourdieu, scientifique et écrivain engagé parmi mes modèles, que je me refuse à renier malgré la mode. Hors écriture, pendant mon adolescence, j'ai été impressionnée comme d'autres jeunes militantes par Madeleine Riffaud, reporter dans la jungle du Viet-Nam en guerre. Puis ce furent les jeunes héroïnes de la guerre d'Algérie : Djamila Bouhired, Djamila Boupacha… Aujourd'hui, si je cherche des effigies féminines prestigieuses, les noms qui me viennent sont ceux de Rosa Luxembourg ou de la Pasionaria et surtout de Louise Michel, fille de femme de chambre comme moi, élevée chez des châtelains comme moi. Mais, d'une part, je n'ai jamais été un héros et je ne prétends pas leur arriver à la cheville et d'autre part, j'ai passé l'âge de chercher des modèles.
Vous avez participé à l'aventure éditoriale de la revue Martobre et des éditions d'Agly, partenaires de Manuscrit.com, pouvez-vous nous les présenter ? Quelle est leur actualité ?TRONG> À la suite d'un concours organisé par la revue Nouvelle Plume, j'ai pris contact avec Lucile Négel, responsable de Martobre et des Éditions de l'Agly. Elle faisait partie du jury de ce concours, dont j'ai été lauréate, en 2000. Je lui ai adressé mon roman "Bachelette" qu'elle a publié, ainsi que des nouvelles qui sont parues dans Martobre. La revue trimestrielle Martobre (le titre vient du "Journal d'un fou" de Gogol) et les Éditions de l'Agly sont ancrées dans les Pyrénées-Orientales et se consacrent principalement au fantastique à la science-fiction, mais publient aussi des textes n'appartenant pas à ces deux genres. La revue continue, mais l'édition - à ce que je sais - s'arrête et je trouve cela bien dommage car ce sont ces petites maisons qui relèvent le flambeau d'un secteur largement passé au commerce. C'est effectivement une aventure, passionnante sans doute, mais à coup sûr usante, que de se lancer dans l'édition.
Pourquoi avoir choisi Manuscrit.com pour publier ce texte ?TRONG> J'ai envoyé "Meufs killers" à Manuscrit.com, parce que j'avais vu la présentation de votre site, dans des revues en lesquelles j'ai confiance (notamment Martobre). J'avoue qu'au départ Internet ne m'attirait pas, mais je commence à me faire à cet outil. Et je suis fidèlement les rubriques de Manuscrit.com.
Quels sont vos projets ?TRONG> Écrire et encore écrire… Et être lue. Donc, si possible, publier (par l'intermédiaire de Manuscrit.com ?). J'aimerais que "Chronique d'une parvenue" trouve un nouvel éditeur : projet soutenu par Ghislain Ripault. Un roman est actuellement en lecture chez des amis : mon banc d'essai indispensable, avant de m'adresser à l'édition. Deux autres romans sont sur le métier : l'un que je laisse reposer, avant de le retravailler ; l'autre en démarrage. Un recueil rassemblant mes nouvelles est en lecture amicale.
Propos recueillis par Audrey Cluzel, mars 2004.TRONG> Copyright Le Manuscrit 2004.TRONG>