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LA BOULE > NOUVELLES
Un entretien avec Pascal Juillet


Le livre
Dans ce receuil de neuf nouvelles rôdent des difficultés d'être, de dire, d'aimer, la mort aussi. Ces histoires se déroulent dans la vie de tous les jours, dans des vies plausibles, assez banales mais dans lesquelles un détail, un petit événement devient porteur de quelque chose de plus inquiétant, peut-être.
A chacun de ces courts récits correspond un moment de la vie d'un personnage, une traversée de l'étrange tel qu'il se manifeste aux portes de la perception - expérience d'autant plus inquiétante que la brièveté du récit impose un contexte narratif très elliptique…

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Un extrait
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J'ai 41 ans, je vis depuis quinze ans à Marseille. La question de l'écriture est apparue plus par une sorte de nécessité que par goût des "beaux" textes, de "la" littérature ou du "plaisir" des mots. La réalité, le monde, et le rapport ambigu que les mots, la langue, entretiennent avec eux, créant à la fois distance, séparation, et relation, ont été les premières ,préoccupations. Sans doute les premiers textes sont-ils sortis d'une double distance : distance du monde, distance de la langue. Ecrire pour moi, et sans préjuger du résultat, est proche de cela : chercher une distance possible, vivable.




A chaque nouvelle correspond un moment de la vie d'un personnage, où des émotions étranges et incontournables prennent, de façon inexplicable, le pas sur le déroulement "normal" du quotidien. Ces instants de faille paraissent d'autant plus inquiétants que la brièveté du récit impose un contexte narratif très elliptique, ne fournissant aucune espèce d'explications. La nouvelle est-il pour vous une forme d'écriture privilégiée ? Permet-elle de créer un type d'effet particulier ?
TRONG>J'ai d'abord écrit de courts textes, poèmes si l'on veut, qui me semblent aujourd'hui comme des moments de distance frontale avec les choses. J'ai tenté de faire durer ces instants dans ces nouvelles, de tenir la note. C'est pourquoi sans doute l'explication n'arrive pas, car il y a ce qui tient, ce qui relie le monde, et ce qui le délite sans cesse, ce qui l'éloigne. Plus qu'une forme d'écriture privilégiée ces nouvelles ont été des tentatives de faire entrer ce rapport particulier aux choses dans le quotidien, dans le banal.




Un jeune enfant, un adolescent, un fleuriste, un marginal... tous ces personnages masculins font l'expérience d'un "quelquechose" qui se manifeste malgré eux et s'impose à leur esprit, voire à leur corps. Pensez-vous que ces strates inconscientes qui sous-tendent nos vies restent nécessairement indéchiffrables ?
TRONG>Il me semble en effet que nos personnalités sont grandement guidées par des éléments que nous ne maîtrisons pas, et qui font partie de l'état d'être humain. Sans doute ces personnages traînent-ils quelque-chose d'un inconscient personnel que je leur fait porter et qui par d'autres biais pourrait être déchiffré à des fins de mieux vivre, disons réconcilié, avec ces inquiétudes. Sans doute aussi est-ce le cas, les mots s'éclairant les uns les autres au fur et à mesure du temps qui passe. Il me semble cependant que l'élément le plus  pertinent quant à ce quelque-chose qui s'impose réside dans le fait même du langage, des mots, nommant la réalité.




L'écriture est-elle un moyen de sonder les images, les mots, les sons et les odeurs qui nous hantent en-deçà de toute intelligibilité ?TRONG>
Oui, il y a de cela quant au côté in-intelligible des choses, à côté de l'intelligible. J'ai souvent retrouver dans mes textes des images, peu nombreuses, revenant dans des textes différents. Certains textes tournent autour d'une seule image qu'ils essaient d'épuiser. L'intelligible serait le texte lui-même, parlant de cela.




Quels sont vos projets d'écriture ?TRONG>
Ces nouvelles ont été suivies d'un court roman encore dans mes tiroirs. Je travaille actuellement sur deux autres textes dont un sur le point d'arriver à sa fin.






Propos recueillis par Mélanie Colcanap, mars 2003.TRONG>
Copyright manuscrit.com 2003.TRONG>
 
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