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A FOND DANS LA DESCENTE
Entretien avec Thierry Geffroy
 
Le livre
Onze courtes nouvelles qui évoquent des tranches de vie, des personnages qui se prennent les pieds dans le tapis de leur existence, amoureux éconduits, piètres séducteurs, esprits aigris ou indécis, se côtoient sans savoir se satisfaire... De la cruauté, de l'amour, de la solitude, de la dérision, et quand il n'y rien d'autre à ajouter : de L'humour... noir.
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TRONG>


Pouvez-vous vous présenter ?
TRONG>J'ai envie de répondre : non merci, je ne sais pas faire. Mais pour ce qui est d'écrire, c'est une façon de rester en contact direct avec ma solitude. C'est assez banal.



Pourquoi avoir choisi la forme brève de la nouvelle et un style très oral ?
TRONG>Je crains fortement de ne pas tenir la distance sur des histoires plus longues : manque de constance dans l'effort. La nouvelle brève présente aussi l'avantage de parler d'amour sans avoir à le détailler. Quant au style plutôt oral, il vient peut-être de mon goût pour l'écriture de sketches. J'aime les dialogues, sans doute aussi parce que je ne sais pas dialoguer. Pas aussi bien que je le souhaiterais. Alors, je cherche.




Pourquoi décrire une misère amoureuse ? "On ne s'amuse pas avec l'amour" ?
TRONG>On ne s'amuse pas avec ce qui nous rend affreusement dépendant. L'amour impose quelque chose d'arbitraire. Sans amour, on ne peut pas vivre, dit-on.  Mais en meurt-on pour autant ? Pas forcément ! La vraie misère est là. Seuls les chagrins d'amour prouvent quelque chose. Le reste est tiède. Désirer aimer, c'est autre chose. 



L'inconvénient des nouvelles (ou l¹avantage) c'est de se faire succéder de nombreux personnages. Vous êtes vous attaché à certains d'entre eux en faisant des autres la répétition d'un profil qui vous tient à coeur ou en ressusciterez-vous dans un prochain texte ? TRONG>
Le personnage de "Ligne Restreinte" ressuscitera, bientôt. C'est un être de désir, pas doué du tout pour l'amour. Il doit avoir peur mais on le comprend assez bien.



Quel est le rôle de l'humour ? Est-ce une arme de protection ? TRONG>
Plus qu'une arme, c'est un élément de vie. L'eau de l'esprit. La dérision est une forme supérieure de la désespérance. Je ne suis pas désespéré. Mais l'amour est, désespérant. Je n'y peux rien.



Qu'est-ce qui "grignote" votre patience en ce moment ?
TRONG>Le temps. Et la distance qui me sépare de l'amour. Et la distance qui me sépare de l'Océan et de La Bretagne.



"Comment osez-vous ?"TRONG>
En secret.



Dans "Ligne retreinte" ou "Le Briquet", les scènes tournent vite au dialogue de sourds...
TRONG>Les sourds communiquent peut-être mieux que ceux qui ne le sont pas. Je crois plus au langage des regards et des mains. Dans "Le Briquet", les deux personnages ne communiquent pas, ils sont bien trop enivrés de leur propre certitude. Quand on a trop bu d'alcool, on ne communique plus et pourtant, on continue de parler.  A qui ? Ce doit être La misère amoureuse qui nous rend sourd.



Pensez-vous parvenir à vous faire comprendre ?
TRONG>Cela reste quelque chose de difficile. Je me fustige beaucoup pour mes maladresses. Et ça n'est pas la faute de l'autre. Non. Je me sens très en dehors de ce que je voudrais dire. Mais c'est aussi ce qui me donne l'envie d'écrire. Cette incapacité à, est sans doute nécessaire…



Quels auteurs (romanciers ou nouvellistes) vous ont influencé ? TRONG>
Je suis une véritable éponge. Tout ce que je lis m'influence. Mon premier coup de coeur est pour Camus. La lecture de l'Etranger m'avait bouleversé.



L'un de vos personnages déclare : "Un jour je ne me déchirerai plus pour pouvoir écrire". L'écriture est-elle pour vous un exercice douloureux ?
TRONG>Absolument pas. C'est un vrai plaisir. Je fuis la douleur, à tout prix ! La vraie douleur n'est pas dans l'écriture mais dans le temps. C'est vraiment très long d'écrire. J'occupe mes mains pour ne pas avoir à chercher quelque chose à l'intérieur, avec mes ongles.



Il s'agit d'un premier recueil, avez-vous d'autres projets ?
TRONG>Oui. Je suis en campagne pour l'écriture d'un roman. Mais c'est un défi au temps et à la paresse. La misère amoureuse est une source d'inspiration formidable. Sauf si je choisis de ne pas lui donner trop d'importance. On verra.





Propos recueillis par Audrey Cluzel et Magali Bertrand, mars 2004.
Copyright Le Manuscrit 2004
TRONG>
 
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