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VOYAGE, EXPLORATION ET COMPAGNIE > POÉSIES ÉROTIQUES
Un entretien avec Lolita Bouillet


Le livre
Ce petit livre érotique est le journal d'un voyage amoureux où sont visitées, exotiques îles lointaines, les contrées des bras, épaules, mains, torse, dos, sexe et jambes de l'amant.
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5 questions à Lolita Bouillet
Pouvez-vous vous présenter ?TRONG>
Se présenter : c'est l'exercice impossible. Difficile en tout cas. Il faudrait faire comme si les faits de votre vie avaient une linéarité, un sens et un seul. Comme s'il y avait une chronologie, une logique des choses. Alors… je ne sais pas... Je suis née à la fin des années 50 dans une ville pauvre des banlieues riches de la métropole. J'ai très vite aimé les endroits perdus, les chantiers, les usines et leurs ateliers, les no man's land où l'on peut inventer tous les paysages… L'écriture est venue très vite dans ma vie, tout comme la folie de la lecture qui est un vrai vice. Ce qui me présenterait le mieux, ce serait les livres que j'ai eu la chance de rencontrer : les "Alice" de la collection verte au cm2, le Rimbaud acheté très tôt pendant les vacances chez ma grand-mère, lus au pied du viaduc à l'endroit dit "le calvaire", le "Poètes, vos papiers" de Léo Ferré traîné un peu partout à l'adolescence, le cataclysme de "la recherche du temps perdu" un peu plus tard à la campagne vers Nevers en France, les livres de Duras à 20 ans, Sollers tout un été où j'étais amoureuse, les romans de Guibert…  Après ou pendant c'est l'écriture. La difficulté d'avoir à travailler pour vivre alors que cette chose qui vous tient a besoin essentiellement d'espace et de calme, c'est à dire de temps bien à soi.



Dans votre récit, la découverte amoureuse s'exprime en terme de voyage et vice-versa.  Comment pensez-vous renouveler cette ancienne métaphore ? TRONG>
Je ne crois pas que j'avais la volonté de visiter ou de revisiter une métaphore ancienne. J'étais dans une immédiateté qui m'empêchait de regarder derrière. Ce que je voulais exprimer clairement par contre c'est le fait que l'autre (aimé/e) est avant tout un étranger(ère), et que son corps (avec tous ses mouvements qui sont aussi des mouvements d'âme) est une part exotique du monde qu'il n'est pas si anodin, ni si facile que cela d'aborder.
On nous montre souvent des histoires où les gens se sautent dessus tout de suite. Je crois que cette vision-là du rapport amoureux ou sexuel, ou les deux, est un mensonge ou une erreur. Je crois aussi que l'intimité entre deux personnes, même si elle est une chose qui s'impose d'elle-même et ne s'apprend pas, a besoin d'espace et de calme, c'est à dire de temps bien à soi (tout comme l'écriture donc), et que ce n'est pas une chose facile.
Partant de là j'ai poussé jusqu'à imaginer l'autre (aimé) comme continent que j'aurais à appréhender en progression, par morceaux géographiques (on dit "pays" ou "région").
Vous savez, quand je dois voyager (même si je l'ai choisi et organisé) j'ai toujours ce sentiment d'avoir autant envie de vivre le voyage que de l'annuler. Et en amour c'est un peu pareil…




L'érotisme représente-t-il pour vous le plus haut degré de l'intime, ou seulement un de ses aspects ?TRONG>
Lorsque deux êtres sont amoureux l'un de l'autre il me semble que tout, absolument tout, est potentiellement de l'ordre de l'érotisme, même les choses a priori les plus banales. L'intimité est partout. L'érotisme est dans tout. Aussi ce qu'on nomme plus particulièrement "érotisme" n'est pas pour moi un point culminant mais une chose parmi une continuité d'autres. En occident on a trop tendance a tout penser en terme de montée, orgasme et retombée. La vie n'est pas cela. L'amour et la sexualité n'est pas cela, pas QUE cela, c'est réducteur. C'est bien plus lent et complexe que cela. Il n'y a pas plus de montée que de retombée : il y a quelque chose qui s'étend, se construit. Ainsi, pour moi, marcher dans la rue, boire un café, tenir une réunion, tout cela avec l'autre, peut être un acte éminemment érotique. J'ai cherché dans mon livre à décrypter ces gestes, tout cet érotisme " quotidien " (je ne sais pas dire autrement) contenu dans nos faits et gestes les plus banaux. L'érotisme étant pour moi une façon de penser l'autre (ou AVEC l'autre) plutôt qu'une façon de faire.




Quels auteurs "érotiques" vous ont inspirée ? TRONG>
Tout d'abord le Calaferte de "La mécanique des femmes". Lorsque j'ai lu ce livre ça a été un vrai choc. Cette franchise qu'il a face au sexe. Ce livre, écrit par un homme est un de ceux qui décrivent le mieux le ressenti des femmes dans l'amour, dans la sexualité. C'est très fort. Comme si le poète, l'auteur, pouvait entrer dans votre miroir le plus intime, le plus secret, et pénétrer votre âme. Les textes de Jean Genet (notamment  "le condamné à mort") et ceux d'Hervé Guibert m'ont beaucoup influencée et font partie de ce ceux que je lis et relis constamment. Après, la littérature japonaise, et particulièrement les écrits érotiques, m'ont été d'un grand apport. J'ai aussi beaucoup lu de documents sur l'art des geishas.




Quels sont vos projets d'écriture ?TRONG>
J'ai deux romans en cours d'écriture : l'un sur le mouvement social de ces dernières années mené par les associations de luttes citoyennes (Droit Au Logement, Droit Devant, AC, les coordinations ou collectifs de Sans-Papiers, etc.) et certains syndicats. L'autre, disons, sur la ville où j'habite.
J'écris aussi beaucoup de poésie et j'ai ainsi deux chantiers d'écriture : un texte sur le périphérique de Paris (le premier de ce recueil a été  dernièrement primé dans un concours du Ministère de la Culture) ; et un autre sur le thème des "jardins" (sélectionné lors du prix de poésie des Jardins de Talcy, mes textes pourraient être publiés cette année dans un recueil collectif).
Par ailleurs je travaille beaucoup sur les carnets de notes, les écrits intimes, tout ce qui a priori est de l'écrit qui ne court pas à la finalité " littéraire ".
Enfin, je nourris au jour le jour mon site internet (
http://perso.wanadoo.fr/otto.elmarces/ ), site que j'ai pensé non pas comme une vitrine plate de mes textes mais comme le support d'une histoire, d'un récit à lui seul.





Propos recueillis par Audrey Cluzel, mars 2003.TRONG>
Copyright manuscrit.com 2003.TRONG>
 
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