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ON THE ROAD AGAIN
Entretien avec Nicolas Vidal, auteur de Circus
 
Nicolas Vidal est un jeune auteur montpelliérain de 20 ans, son roman Circus, sorte de road story inspirée de ses maîtres Kerouac et Rimbaud, met en scène un adolescent fasciné par une Amérique déglinguée. Nicolas Vidal est aussi éditeur. En 2001, il crée le label Satori Press, inspiré des publications underground de San Francisco des 70's. Fin mai, il a produit une émission littéraire sur une chaîne locale dans le cadre de la Comédie du Livre à Montpellier. Bilan d'une ascension pour le moins fulgurante…
 

>>> Le site de CircusTRONG>TRONG>TRONG>TRONG>
 



Présentez-vous… depuis quand écrivez-vous et pourquoi écrivez-vous ? TRONG>
J'ai commencé par rédiger mes premières lignes à l'âge de 14 ans lors d'un terrible orage. Je n'étais pas sérieux en croyant conjurer la naïveté. D'ores et déjà, je m'employais à décrire les omissions de ma vie. Au fur et à mesure que j'accumulais des pages de texte, je sentais distinctement une oeuvre s'imposer en moi. Cependant, je n'étais pas sans savoir qu'elle ne prendrait forme qu'avec le temps, et qu'il ne fallait sous aucun prétexte se laisser griser par les nymphes de l'impatience. Depuis je travaille quotidiennement à la rédaction de mes moments de force et de faiblesse jusqu'à parvenir, un jour, à m'accomplir, auréolé de trente ou quarante romans.


Votre récit de voyage entre Boston et New York, avec ses visions éclatées, fait penser au Kerouac du Dharma et au Bardamu du voyage…TRONG>
J'ai pris la route à travers les U.S.A de nombreuses fois déjà, en touchant d'une main les seins de la côte Ouest et de l'autre, caressant la cambrure de la côte Est. J'ai voulu apercevoir à 16 ans ce qu'avait pu représenter la vie d'un clochard céleste. En ce sens, je rejoins les précisions vagabondes de Kerouac, qui restait farouchement convaincu que "quelque part sur la route, entre les visions et les filles, on lui tendrait la perle rare." Même si j'ai très peu lu Céline, à ma grande honte, je ne saurai vous dire dans quelles circonstances Jack Kerouac me glissa ses oeuvres sous le nez. Il est vrai que la littérature américaine reste, pour moi, mon principal terreau littéraire.


Etes-vous influencé par la musique et laquelle ?TRONG>
La musique me suit comme une ombre dans l'entreprise périlleuse qu'est l'écriture d'un roman. Mais elle ne m'influence pas, elle me guide et me confère toutes sortes d'inspirations parfois joviales, parfois nauséeuses. Le Jazz et le Blues sont de fiers alliés. Ainsi, je m'entoure de Johnny Lee Hooker, assis paisiblement derrière moi, de Billie Hollyday, vociférant dans la pénombre, de Herbie Heancock, de Nina Simone, syndrome de la parité musicale afro, sans oublier de citer l'inévitable Louis Armstrong, qui me répète chaque matin que c'est un monde magnifique…


N'auriez-vous pas envie d'exploiter votre propre monde maintenant que vous écrivez et que vous êtes publié ?TRONG>
Il est toujours tendancieux d'expliquer son propre monde. Est-ce celui que vous avez pris soin de créer minutieusement ou celui dans lequel on vous a enfermé de force sans vous demander votre avis ? Chaque auteur évolue au milieu de ses paramètres personnels. Il est très excitant de naviguer au sein de ses fantasmes et de ses limbes. En toute objectivité, je rêve d'explorer mon univers si on m'en laisse le temps !


Après le 11 septembre, New York est défigurée. Quel impact sur vous en tant que jeune écrivain ? TRONG>
New York, la ville-monde défigurée, abassourdie, conquise par l'horreur. Ce jour-là, j'étais attablé en compagnie de ma femme et nous parlions d'amour. Et tout d'un coup, le spectre de l'horreur s'affiche sur un écran de télévision. J'ai failli sangloter. Les Twins Tower en feu, d'où on pouvait apercevoir les prisonniers de l'Enfer agitant désespérément des mouchoirs blancs comme pour un dernier adieu à leurs familles respectives et à l'Humanité entière, somme toute. Je me suis dit qu'après cela, Circus paraissait dérisoire, qu'il ne représentait rien par rapport à l'ampleur du chaos. Puis le temps faisant, j'ai milité modestement et littérairement pour New York, ma ville d'adoption en lui dédiant mon prochain roman en cours d'écriture. Et rien n'est plus vrai de dire que la mort existe aussi à New York et qu'elle n'est pas que le fruit d'un délicat empirisme urbain. Je ne pense pas qu'elle aie perdue de son authenticité, de sa force et sa poésie. D'ailleurs, je vais y retourner d'ici peu de temps pour lui avouer à l'oreille combien je l'aime.


Vous dirigez la maison d'édition Satori Edition Press : un bilan, des prospectives ?TRONG>
Depuis la création du Satori Edition Press, je me suis attelé à publier des livres de jeunes auteurs inconnus. Je veux que de nouvelles voix surgissent des bas-fond de l'anonymat. Yannick Privat, mon poulain et néanmoins grand ami, récolta des articles élogieux, j'en profite pour remercier tout particulièrement les journalistes qui ont daigné s'y intéresser. Cet auteur, pour moi, est promis à une belle carrière même s'il la poursuit sous d'autres cieux que ceux du Satori Edition Press. Je suis assez satisfait dans l'ensemble de ces deux années d'existence. Mais le milieu éditorial reste un univers de concurrence et de gros sous. Je ne le critique, cependant, en aucun cas. Il faut savoir s'y résoudre, avec intelligence, en prenant garde de ne pas se marginaliser comme de vulgaires indépendantistes dérisoires voués aux échecs les plus cinglants. Quel que soit le credo éditorial choisi, l'on doit faire ses preuves. L'accord de partenariat avec manuscrit.com nous a donné, en plus, un bol d'air frais. Pour finir, ma jeunesse me fournit les armes les plus efficaces, la hargne, la ténacité, l'enthousiasme et la passion pour exercer un métier magnifique.


Vous vous lancez dans la production télé, n'est-ce pas un peu fou ? TRONG>
Je ne connaissais pas le milieu de la télévision. Et puis, un jour, un ami me confia qu'un directeur de chaîne (ancien de TF1) dans la région Sud cherchait un nouveau concept d'émission culturelle. J'ai pris rendez-vous avec lui presque immédiatement. J'ai griffonné un concept d'émission littéraire le soir-même et le lendemain, j'obtenais 30 minutes d'émission plateau hebdomadaire avec carte blanche sur l'ensemble de la programmation. C'est ainsi que j'ai mis un pas dans la production télé et j'ai crée, voilà quelques temps, une branche spéciale du Satori Edition Press, le Satori Prod. Depuis, les émissions tournent très bien. De nombreux contacts ont été établis avec d'autres producteurs afin de voir si l'émission pourrait être prochainement diffusée sur une chaîne publique ou privée. Car le concept tout à fait original fait fureur sur notre chaîne.


Que pensez-vous de l'écriture interactive, du rôle de l'image et du son par rapport à la compréhension d'un texte ? TRONG>
L'écriture interactive s'inscrit dans un schéma de progrès. Je ne la revendique pas mais je ne la dénigre pas non plus. Il faut s'ouvrir à tout pour poser un jugement correct. On ouvre de nouvelles voies, on traque la nouveauté et l'écriture n'y coupe pas. Quant à l'image et au son, ils ancrent des repères culturels entre les lignes d'un texte. S'ils permettent d'affiner les sensations et émotions, s'ils dévoilent les faces cachées des auteurs, pourquoi pas ? Sincèrement, je m'hasarde à dire qu'ils contribuent à l'accessibilité d'un texte au grand public. Mon avis est assez favorable pour ce genre d'avancées littéraires. En espérant que l'écriture traditionnelle conservera tout de même des bastions d'authenticité comme jeter sur un papier.


Un extrait de Circus de Nicolas Vidal




Propos recueillis par Philippe Di Folco, mai 2002.TRONG>
Copyright manuscrit.com 2002.TRONG>

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