Marianne Frey est conceptrice-réalisatrice multimédia pour France 2. Passionnée de voyages, elle publie deux contes Falémé, l'Enfant couleurs automne, Ceux du sable, inspirés de ses rencontres avec les habitants de N'gor un petit village du Sénégal. Village pour lequel elle oeuvre au sein de son association et dans son projet de "Maison des Enfants"...
Qui êtes-vousMarianne Frey ?TRONG> Je pense qu’il faut toute une vie pour savoir qui on est. En lisant mes contes et en regardant mes dessins, je peux d’ores et déjà dire que je suis une enfant grandissante. J’ai gardé en moi - et j’en suis heureuse - mes rêves, mes joies, mes tristesses enfantines.
L’enfant est au centre de votre écriture. Quand et pourquoi avez-vous commencé à écrire ?TRONG> J’aime parler aux enfants, les regarder, les écouter… il y a de la connivence entre nous…une complicité et une reconnaissance… J’écris depuis que je sais écrire, pourquoi ? un besoin, il y a des fois où ça fait mal, des fois où ça fait du bien, comme le dit Falémé : j’ai des histoires dans ma tête et j’ai envie de les raconter… de les dessiner.
Comment sont nés ces deux contes Falémé, l’enfant couleur d’automne et Ceux du sable ?TRONG> De plusieurs rencontres, celle du Sénégal, d’une musique, d’une culture, d’amis… L’ami d’une amie m’a un jour fait écouter une cassette, la voix m’a émue jusqu’aux larmes, je préparais alors un voyage au Sénégal… Je suis donc partie à la recherche de cette voix. Je l’ai trouvée et mon histoire raconte que chacun à quelque chose de complémentaire à donner à l’autre. J’ai apporté mon savoir-faire, le musicien à fait sa musique, il vient de signer avec une maison de disques française et moi j’ai depuis ce jour écrit quatre contes. L’histoire de Falémé se termine ainsi : « Moi un jour j’écrirai… lança Falémé Moi un jour je chanterai…rétorqua Diogal. » L’histoire de Ceux du sable m’est venue plus tard, en rentrant dans l’intimité des familles sénégalaises. Je me suis aperçue que le départ d’un membre de la famille, que ce soit pour l’Europe ou les Etats-Unis était assez complexe, celui qui partait ne partait pas pour lui-même mais pour toute sa famille, il ne devait rien oublier de ses obligations, un pour tous et tous pour un… Malheureusement, il y a ceux qui oublient, qui se laissent influencer : les «toubabis» comme ils disent, ceux qui vivent comme les blancs. Nous avons une sacrée réputation d’individualistes etd’égoïstes. Pas facile de partir, d’obtenir un visa, de s’acclimater, pas facile non plus de ne pas décevoir la famille restée là-bas, voilà ce que conte l’histoire de Ceux du sable.
En Afrique, les livres et les lecteurs sont rares. Le choix du conte pour dire l’Afrique s’entend, comment travaillez-vous «l’oralité» de votre écriture ?TRONG> Contacté par un Festival de conte, nous sommes - les membres de l’association et moi-même - en train de monter un spectacle de conte musical. Mon plus cher désir serait de faire tourner, un jour, ce spectacle au Sénégal. Je ne peux que féliciter un tel projet en espérant qu’il servira à faire connaître les auteurs locaux. Le livre est une denrée rare mais précieuse au Sénégal. Rare parce qu’il ne fait pas parti de l’essentiel, de l’urgent, du minimum vital… mais il est très apprécié lorsqu’il est offert, puissouvent revendu parce que le CFA manque dans la maison. Les sénégalais aiment les histoires, beaucoup de contes (oraux) circulent encore… Je crains fort, avec l’arrivée de la télévision dans les foyers, que toutes ces belles histoires un jour ne disparaissent… Ne dit-on pas là-bas qu’un vieux qui meurt c’est un bibliothèque qui brûle. J’ai fondé une association et j’espère un jour réaliser mon projet«La maison des enfants », une bibliothèque est évidement prévue.
Pouvez-vous nous en dire plus de ce projet ? TRONG> Il s’agit de fonder une maison pour les enfants de N'gor un petit village du Sénégal. Cette maison a pour vocation d'apporter aux enfants du village un soutien scolaire. Les enfants du village auraient la possibilité de se former à différentes activités, principalement, peinture, musique, et batik. Une bibliothèque serait à leur disposition, Nicolas Philippe m'a déjà assuré de son soutien. Les différents ateliers seraient animés par des membres de l'association natifs du village. Une journée portes-ouverte serait donnée, une fois par an. A cette occasion les enfants organiseraient un spectacle et une exposition de leurs travaux. "La maison des enfants" pourrait également secourir les plus démunis en gérant un banque de vêtements et de médicaments (premiers secours). Un jumelage avec une école française pourrait être envisagé. Un projet enrichissant pour les enfants de N'Gor mais aussi pour les petits Français (Echanges de dessins, correspondance...). Nous pourrions envisager en collaboration avec une école primaire de Paris ou de sa banlieue de faire apparaître sur les listes établies à la rentrée scolaire quelques fournitures destinées à "La maison des enfants" en spécifiant que cette demande est bien évidemment facultative.
Lisez-vous les auteurs sénégalais, quelles dernières lectures vous ont enthousiasmée ?TRONG> Lors de mes séjours au Sénégal, je me précipite sur des auteurs sénégalais. J’ai ainsi découvert Cheik Aliou Ndao, professeur d'anglais, il est l'auteur de plusieurs pièces de Théatre, dont L'exil d'Albouri, de nouvelles, de poèmes. Outre Excellence, vos épouses , que je viens de lire, il a fait paraître deux autres romans. J’ai également lu l’autobiographie deNafissatou Niang Diallo, sage-femme etpuéricultrice De Tilène au Plateau, une enfance dakaroise, la première édition remonte à 1975, est un des premiers ouvrages à caractère littéraire publié par une Sénégalaise. Si on parle d’auteurs Sénégalais on doit citer Mariama Bâpour ses deux livres Une si longue lettreet Un chant écarlate et l’incontournable Amadou Hampâté Bâ (Sur les traces d’Amkoullel, l’enfant peul).
Vos projets d’écriture ?TRONG> En ce moment je «vis» avec Le vieil Ismaël dans ma tête, il est lepersonnage central de ma prochaine histoire, vieux sénégalais, Ismaël a décidé de ne plus parler aux adultes, pour ne plus s’adresser qu’aux enfants…