Tandis que le papy-boom inquiète les fonds de pension, certaines forces vives de la société sont laissées à l'abandon. Ainsi en est-il de la jeunesse. Trois auteurs de Manuscrit.com s'interrogent sur les conditions de vie de nos adolescents…
Yves Rémy est Docteur en Sciences sociales et psychothérapeute de l'adolescent. Consultant pour les questions d'éducation auprès de décideurs institutionnels privés et publics, il propose des mesures lucides et audacieuses dans un "plaidoyer pour une jeunesse engagée". > Un entretien avec Yves Rémy TRONG>TRONG>
Les adolescents passent la plupart de leur temps à l'école. Première expérience communautaire, la vie à l'école est une étape fondatrice de l'intégration sociale des jeunes. Dans "C'est encore la rentrée", Philippe Garenne établit une véritable entomologie de la faune laborieuse des collèges. Des "inutiles" aux "insupportables" en passant par les "superflus", il nous parle, avec humour, de ces hommes et femmes qui font fonctionner la machine. > C'est encore la rentrée ! de Philippe GarenneTRONG>
Cette prof de français-là, demande toujours les classes difficiles où les élèves sont en échec scolaire. En marge des querelles politiques et des débats sur la violence, Patricia Girod nous livre le témoignage de 73 nuls en orthographe. Mais avant, écoutons-la parler de son métier, la prof, et, avec Philippe Garenne écoutons-les nous raconter l'école, leur monde…TRONG> > La pochette bleue de Patricia GirodTRONG>TRONG>
Rencontre Pouvez-vous vous présenter ?TRONG> Patricia Girod : TRONG>Ancienne prof de français, j'ai bénéficié à temps d'une retraite anticipée (Je suis maman de trois enfants que j'ai élevés comme on dit souvent bêtement) et donc largement amputée de l'EN. J'écris et je fais… plein d'autres choses… Je donne même quelques cours particuliers devenus de plus en plus nécessaires à pas mal d'élèves… Je ne pense pas que ça va s'arranger et, comme je ne suis pas égoïste, je dis que c'est dommage ! Philippe Garenne : TRONG>Membre actif de l'EN, car à la lecture du petit Fillon illustré, chaque jour qui passe voit s'éloigner de moi la date de la mise au rebus, j'applique, dans un petit collège de la France d'en bas, les principes rigides de la comptabilité publique et les méthodes les plus novatrices de la gestion des ressources humaines à ceux qui ne me méritent pas.
Vos deux textes sont très différents : l'un se place du côté de l'élève, l'autre davantage du côté de l'administration montrant par là la machine complexe qu'est le collège. Ils évoquent, chacun à sa manière, le milieu de l'enseignement. Quelles sont, selon vous, les perspectives d'évolution de l'éducation nationale ? TRONG> Piga : TRONG>Il n'y a, à mon sens, aucune perspective d'évolution dans l'EN tant que des réponses précises n'auront pas été données à des questions simples. A quoi sert l'EN, qu'elle est sa mission, quelle est la place de l'élève, celles des parents et éventuellement, celle des profs… Puis, saupoudrons le tout d'une bonne part de rêve. Du rêve dans la mission de l'éducateur, du rêve dans les yeux de l'élève, du rêve dans la vie journellement quotidienne du parent. Vous avez dit Révolution ? Pa. Gi. : TRONG>Oui, j'ai bien entendu "révolution" moi ! Mais je ne suis pas d'accord avec vous, PIGA : L'EN évoluera encore sans aucun doute. Après le mal, il y a le pire, non ? La mission de l'EN est de permettre de vivre, un jour, en tant qu'adultes. Elle ne respecte plus cette mission alors il ne faut pas s'étonner que les élèves ne trouvent plus leur place dans ce charivari immobile ! Le rêve… oui, le rêve… Je suis partie à temps je pense, je rêvais, comme dit PIGA de mon "immense capacité à faire lever le blé tendre" J'ai souvent réussi d'ailleurs mais je ne saurais pas comment agir avec des élèves qui n'en ont plus, eux, de rêves, sauf, sans doute celui de tout détruire… A propos , PIGA, à l'époque, j'ai même rencontré des principaux sympathiques et efficaces, si, si !
Dans une Education Nationale idéale, que faudrait-il "dégraisser" : l'administration, les enseignants, les élèves ?TRONG> Piga : TRONG>Il n'est pas obligatoire qu'une EN idéale soit dégraissée. Exemple : Par ordonnance Royale de Ségolène, la pilule du lendemain peut être distribuée aux pauvres pécheresses par du personnel médical. Or, dans le collège où j'exerce, l'infirmière ne se pointe qu'une fois par semaine, le jeudi matin. D'où trois solutions : · les élèves ne baisent que le mercredi, l'infirmière n'est ni engraissée, ni dégraissée, · les histoires de cul n'intéressent pas l'EN, l'infirmière est dégraissée. · Les plus ou moins pucelles d'Orléans ou d'ailleurs intéressent l'EN, l'infirmière est engraissée. Pa. Gi. : TRONG>J'en ris mais ce n'est pas drôle ! Que dire après ça ? Dégraisser les élèves et les profs, c'est fait de force, non ? L'administration aussi il me semble. Non, je ne sais pas il faudrait bel et bien une révolution !
"La pochette bleue" de Patricia Girod se base sur des témoignages d'élèves évoquant leurs angoisses, espoirs et désespoirs. A votre avis, les élèves trouvent-ils leur place dans le système d'enseignement aujourd'hui ? Y a-t-il un malaise et pourquoi ?TRONG> Piga : TRONG>Non, les élèves ne trouvent pas leur place dans le système car ils ne vont pas à la même école que leurs profs. Ils sont tous sur des rails et le chef de gare consulte le manuel d'aiguillage sans se rendre compte qu'il le lit à l'envers. Pa. Gi. : TRONG>Nous sommes d'accord. Piga : TRONG>C'est ce que je lis dans les confidences des enfants et les excellents commentaires de Mme Girod qui, d'après ce que j'en ai compris, a toujours cherché la part de rêve dans sa relation avec les élèves. Pa. Gi. : TRONG>Merci et là aussi, nous sommes d'accord et, si vous avez su le voir c'est que, par de-là votre humour aussi décapant que délicieux, vous vivez de même, non ? Mais il n'y avait pas que le rêve, il y avait aussi de l'amour, du vrai, pour mes élèves ; le même amour que l'on sent dans votre livre… Ne vous fâchez pas, c'est comme ça que j'ai lu votre avant-dernier chapitre en tout cas, "Les parents pas au courant" et je n'aime pas du tout que l'on détruise mes rêves, alors !
M. Piga établit une typologie de ceux qui travaillent dans les collèges en les classant en trois catégories (elles-mêmes subdivisées en sous-groupes) : les inutiles, les superflus et les insupportables. Pensez-vous que ces trois catégories soient exhaustives ? Comment ou par quoi les complèteriez-vous ? A quelle catégorie pensez-vous appartenir ?TRONG> Piga : TRONG>Je pense appartenir aux inutiles puisque je suis un membre de l'administration. Rien n'est jamais exhaustif, on peut élargir le troupeau en complétant d'abord les personnalités qui hantent le collège (la documentaliste, l'aumônier pédagogue, le CRS qui donne des cours de matraque, le conseiller d'orientation, flèche qui indique le nord...), puis en débordant de son cadre, parler des lycées, des universités et surfer sur le monde de l'entreprise. Bref, il y a encore de quoi faire... Pa. Gi. : TRONG>Oui… il y a aussi les maisons d'édition, les interviewers… les ministres, les parlementaires… Pourquoi vous dites "chut, surtout pas" ? ? ? Sérieusement, si je dois dire à quel groupe j'appartiens, je dirais que j'étais le " Jean-Marc " de PIGA puisque, comme il dit : "Accessoirement, Jean-Marc est prof de français " ou le Ché qu'il présente aussi… ni inutile, ni superflue ni insupportable… encore que, pour ce dernier qualificatif, ça se discute !
Quels sont vos projets d'écriture ? TRONG> Piga : TRONG>Depuis "C'est encore la rentrée !", j'ai commis un superbe essai sur la déprimante vie quotidienne, "Une journée de chien" où ma forte capacité de nuisance littéraire frappe de nouveau, et, bien sûr, viendra le jour où je m'attaquerai à l'indispensable "C'est toujours la rentrée !" puisque je me nourris exclusivement de mammouth frais. Pa. Gi. : TRONG>Plus rien sur l'EN… à moins qu'on m'en réclame ! Un roman qui traite des relations entre deux femmes que rien ne semble rapprocher, un gentil délire et peut-être un autre, fantastique… je parle du genre évidemment. Encore des choses inutiles, vous voyez, on n'y échappe pas comme ça !
Propos recueillis par Anne-Laure Arnaud, mai 2003.TRONG>