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MANUEL DE SURVIE À L'USAGE D'UN PROF DE BANLIEUE > TÉMOIGNAGE
Une interview de Véronique Bouzou
 
Véronique Bouzou est professeur de Français en région parisienne. Forte d'une expérience de 6 ans dans des collèges réputés "sensibles", et consciente que la formation dispensée dans les IUFM ne prépare pas aux réalités du métier, elle nous présente son "Manuel de survie", sorte de boussole qui permettra aux aventuriers de l'Education - jeunes professeurs, mais aussi parents et lecteurs intéressés par la question de l'enseignement - de se repérer dans la jungle scolaire... 
Un extrait
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Pouvez-vous vous présenter ? TRONG>
Née à Paris en 1974, j'ai toujours vécu en région parisienne. Au cours de mes études littéraires, le métier d'enseignant s'est présenté à moi comme unvocation.
J'adore le contact avec les jeunes (j'ai auparavant animé et dirigé de nombreux centres de vacances) et j'aime transmettre ma passion des Lettres.
J'ai enseigné six années en ZEP (Zone d'éducation prioritaire) dans des collèges dits "sensibles" comme Evreux et Mantes-La-Jolie.
Aimant relever les challenges divers et variés (sportifs, humains…), l'enseignement en zone sensible a très bien correspondu à mon tempérament. J'ai également appris mon métier là-bas mais je sais que l'enseignant doit être capable d'innover et de renouveler ses méthodes s'il veut toujours "rester dans le coup". C'est dans cette logique que j'enseigne aujourd'hui dans un collège plus traditionnel.



Votre "Manuel de survie" rend compte de réalités assez désespérantes et décrit des situations susceptibles de décourager d'éventuelles vocations d'enseignants. N'avez-vous pas vous-même été tentée de fuir purement et simplement la profession ? TRONG>
De nos jours, il est de bon ton de tenir un discours consensuel. Je me suis rendue au Salon de l'Education et j'ai parlé de mon ouvrage à certains participants, qui, en lisant le titre "Manuel de survie…" m'ont posé la question, sur un ton excessivement naïf : "Ah bon ? Il y a péril ?" J'ai eu envie de leur répondre que "mais non voyons, tout va très bien Madame la Marquise"…
Loin de moi l'idée d'avoir voulu décourager mes futurs jeunes collègues ! Bien au contraire ! Il me semble qu'un apprenti-enseignant doit choisir ce métier en pleine connaissance de cause. Seul quelqu'un de passionné, de volontaire exercera cette profession par vocation. C'est un métier à risques, et pour cela, savoir où l'on met les pieds.
Quant à moi, je n'ai jamais songé à fuir cette profession ni mes responsabilités, d'autant plus que je considère le professeur comme l'un des derniers piliers stables de l'Education.



Malgré tout, votre ouvrage n'est pas dénué d'humour, de dynamisme, voire d'optimisme. Qu'est ce qui - à l'intérieur comme à l'extérieur de l'institution - vous a permis de continuer à "y croire" ? TRONG>
C'est justement ces qualités qui m'ont permis de continuer à "y croire", sans oublier bien sûr, le formidable esprit d'entraide qui existe au sein d'une équipe enseignante, généralement très soudée dans les zones dites "sensibles".




A plusieurs reprises, vous insistez sur la différence de nature entre l'attitude rebelle - anticonsumériste et anticonformiste - des jeunes de 68 et celle - incohérente et paresseuse - des jeunes d'aujourd'hui. Que pensez-vous à ce propos de la réflexion d'un Finkelkraut qui tient l'esprit de 68 pour partiellement responsable d'une forme de démagogie pédagogique tenant l'élève pour roi, et de la dévalorisation systématique de l'effort et du travail ?TRONG>
En 1968, il me semble que les jeunes remettaient en cause la société de consommation et qu'ils s'insurgeaient contre les méthodes archaïques et rigides de l'enseignement de leurs aînés. Le problème, c'est que l'on est passé d'un autoritarisme strict à un laxisme excessif. C'est justement parce que les idéaux de mai 68 sont restés lettre morte que la société actuelle a rendu les jeunes paresseux et consuméristes. On ne leur dit plus :  "Vous pouvez changer le monde ! Ayez des rêves !"  mais : "Le monde est comme ça, faites avec" et on les abrutit à coups d'émissions racoleuses à la télévision.



Vous pointez certains dysfonctionnements de l'Education nationale, notamment le manque de personnel et de moyens financiers. En revanche, vous ne parlez pratiquement pas de la formation des enseignants et de leur préparation aux réalités du métier. Que pensez-vous de l'enseignement dispensé par les IUFM ? TRONG>
Si je ne m'attarde pas sur la formation dispensée dans les IUFM, c'est parce que je pense qu'elle ne prépare pas assez aux réalités du métier. C'est une formation trop théorique et les apprentis-professeurs devraient faire des stages plus fréquents sur le terrain afin d'acquérir de l'assurance et apprendre la réalité de leur métier. Les professeurs expérimentés devraient venir plus souvent dans les IUFM pour partager leur vécu avec les novices.




Les lacunes en orthographe et en grammaire ainsi que les énormes défauts de vocabulaire des élèves de collège sont pour vous le signe d'une disparition progressive de la culture de l'écrit, concurrencée par une culture de l'image (télévision, cinéma, jeux videos, etc.). Cependant, les ateliers d'écriture ou de théâtre que vous avez mis en place ont été un franc succès. Pensez-vous que les années à venir verront un retour de la culture écrite ?TRONG>
La culture de l'écrit n'a jamais été aussi vivace qu'actuellement : des milliers de livres sont publiés chaque année dans l'Hexagone. L'offre ne disparaît pas ; c'est la demande qui pose problème. Il faudrait avant tout que les jeunes retrouvent le plaisir de lire. Il ne s'agit pas de vilipender  l'image mais de leur montrer que l'écrit a de l'avenir, grâce notamment aux nouvelles technologies comme Internet ou le e-book, qui permettra de télécharger rapidement et à moindre frais des livres.
L'image peut servir l'écrit à condition de ne pas être trop envahissante.
Après avoir vu des films comme "Harry Potter" ou "Le Seigneur de anneaux", certains de mes élèves se sont mis à lire des pavés de mille pages…



Votre ouvrage se termine par une allusion au " débat national sur l'école ", en cours. Le rapport Thélot répond-il à vos attentes ? TRONG>
Le rapport Thélot répond à certaines de mes attentes comme l'autonomie accordée au professeur dans la gestion de ses classes, le redoublement qui ne peut plus être refusé par les parents ou encore l'importance donnée à la maîtrise de la langue ou à l'apprentissage de l'Anglais. Beaucoup d'idées intéressantes ont été développées.
La question est de savoir si les moyens vont être mis en oeuvre pour réaliser ces grands projets. Il ne faut pas se voiler la face : si l'on veut être efficace, il faut supprimer les classes surchargées, fournir des outils informatiques à tous les élèves, individualiser leur formation.
Je sais qu'il est tabou de parler d'argent dans l'Education nationale, mais il fait terriblement défaut dans les écoles…



Quels sont vos projets ?TRONG>
J'ai actuellement un autre projet d'écriture qui consiste à décrire l'école du futur sur la base d'échanges avec des professeurs, des élèves et leurs parents.
Je recueille dès à présent des idées sur le sujet.


Vous pouvez me contacter par mail :
veronique_bouzou@yahoo.fr.




Propos recueillis par Clotilde Meyer, janvier 2005.
Copyright Le Manuscrit 2005.TRONG>
 
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