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HASTA SIEMPRE
Un entretien avec Christian Hyommeph
 

Hasta Siempre est un chant voué à la présumée éternité de l'esprit révolutionnaire dans les masses exploitées. Dans le livre de Christian Hyommeph, au contraire, il s'agit d'une rupture purement individuelle hors des abondantes sollicitations de rébellions collectives qui pouvaient fasciner la jeunesse des années 60, en réaction toutefois à la fugacité de valeurs telles que l'amitié ou le travail. Un jeune homme qui a reçu une éducation stricte de la part d'un père plutôt conformiste part dans une dérive alimentée par des déceptions professionnelles et affectives. Péripéties nombreuses, ironie diffuse, références historiques parsèment ce récit à la fois léger et grave, innocent et naïvement engagé.
 
>>> Christian Hyommeph sur manuscrit.com


Pouvez-vous vous présenter ?TRONG>
Né à Belfort en 1938, j'ai vécu la plupart du temps dans cette région jusqu'en 1987, date à laquelle, pour raisons professionnelles, j'ai migré à Toulouse. Grâce à de modestes études techniques, je suis entré dans l'industrie par la petite porte, les stages et la promotion interne ont fait le reste. Bien que sans formation littéraire, j'ai toujours eu envie d'écrire. Trop dispersé dans ma jeunesse, puis trop occupé par mon travail, j'ai attendu l'heure de la retraite pour rédiger mon premier roman. Pacifiste de raison, j'ai aussi un faible pour les rebelles, ceux qui ne s'arrêtent pas au milieu du gué pour prendre la passerelle ou le viaduc de l'orthodoxie (souvent rémunératrice). Comme Vian, je suis passionné de jazz, par excellence musique de résistance à l'oppression.


Parlez-nous du protagoniste d'Hasta Siempre, Daniel Pugin.TRONG>
Contrairement à ce qu'ont cru certains des premiers lecteurs d'Hasta Siempre, Daniel Pugin n'est pas une incarnation romancée du salarié de l'industrie informatique que j'ai été. Il s'agit bien d'un personnage de pure fiction, même si je le fais évoluer dans des sites que j'ai bien connus. A l'inverse du héros de Remember Clifford, mon premier roman, Pugin n'est pas un rebelle naturel. C'est un garçon que tout - origines, éducation paternelle, revenu assez confortable - destinait à un certain conformisme de vie et qui va dériver vers une révolte mal contrôlée au fur et à mesure qu'il découvre la vérité du monde qui l'entoure et que tombent ses illusions.


La politique sociale semble vous tenir à coeur. La guerre que vous évoquez dans Hasta Siempre, entre la "French" et "l'American way" vous semble-t-elle définitivement  perdue ?TRONG>
Je parlerais d'opposition culturelle plutôt que de guerre. Il y a tellement de paradoxes dans l'"American Way" qu'on ne peut tout rejeter en bloc. Le problème vient de l'impérialisme américain qui, pour des raisons économiques, voudrait imposer ses "solutions" au monde entier. L'actualité met bien en évidence que la résistance ne doit pas se faire vis à vis du peuple américain, mais d'une direction politico-marchande représentant une population faiblement majoritaire et largement manipulée par des médias assujettis. Des gadgets puérils comme l'"exception française" sont inadaptés à cette résistance et le salut passe pour moi par une rationalité fondée sur l'humanisme et non le lucre, à l'échelon européen, et soutenue par les médias locaux.


Vous qui avez assisté aux débuts de l'informatique, vous attendiez-vous à  la place qu'allait  prendre l'ordinateur dans tous les domaines, jusque dans la musique ?TRONG>
Absolument. Peut-être avais-je un peu sous-estimé l'emprise actuelle de la communication (Internet) dans le grand public.


La fin de votre roman porte un message désabusé sur la justice dans nos sociétés dites "développées". Selon vous, à qui profite le crime ?TRONG>
Mon intention n'était pas de délivrer un message particulier sur les institutions judiciaires dans le monde civilisé. Tout au plus, peut-on voir une critique du pouvoir de grâce présidentielle dans la réflexion finale du héros. Plus net était mon propos dans Coda Coma, mon second roman que vous avez également publié : j'y déplorais la propension de la justice à éviter de faire des vagues... Quant au crime en question, il s'agit évidemment d'une exaction individuelle que la morale conservatrice pourra toujours mettre au débit du gauchisme fanatique. Rien à voir avec les méfaits de la dictature militaire chilienne que Pugin croit naïvement contrebalancer...


Votre second livre, Shortages, porte le sous-titre de Chroniques de l'Inadéquation, pouvez-vous nous l'expliquer ?TRONG>
Notre monde détient les ressources naturelles et un potentiel scientifico-technique permettant de satisfaire largement la totalité des besoins des habitants de la planète, pour peu que les désirs soient raisonnablement dosés. L'inadéquation réside dans la répartition inéquitable de ces richesses. Shortages n'a pas pour ambition d'expliquer comment parvenir à un meilleur équilibre.  L'ouvrage se contente de pointer dans des exemples ou des thèmes pris dans la vie quotidienne la carence de ceux à qui nous avons - peut-être un peu légèrement - délégué le pouvoir ou à qui nous avons concédé la domination marchande.  J'y ai éventuellement posé des problèmes sérieux mais je n'ai jamais souhaité me départir d'un ton plaisant...


Religion, politique et show business passent au crible de votre analyse des idées reçues. Pourquoi est-il si difficile, selon vous, de passer outre ces poncifs ?TRONG>
Religion, politique et spectacle satisfont des besoins fondamentaux de l'humain et ce, depuis le début des civilisations. Il n'est donc pas question de s'en passer. Par contre, la façon dont ces fonctions basiques se sont intégrées dans la société occidentale prête généreusement le flanc à la critique. Tous les gens qui dirigent ces institutions ou systèmes ont un problème d'audience et comme depuis quelques décennies, la croissance est l'unique critère de performance, ils font un peu n'importe quoi et même le pire pour maintenir et étendre le nombre de leurs ouailles ou aficionados. Cela va sans dire, et à commencer par le show-biz, le fric est un déterminant majeur. L'inépuisable "profitabilité" de ces activités est aussi une garantie de leur longévité.


Dans ces chroniques, vous démontez la fabrique de l'opinion publique et à travers elle la manipulation qu'opèrent les médias sur les mentalités, n'est-ce pas là encore un poncif, après tout, l'humanité n'a pas attendu le " journalisme " pour concevoir des préjugés ?TRONG>
L'enseignement tronqué des philosophies antiques est sans doute à l'origine des premiers préjugés. Puis sont venus les siècles de domination judéo-chrétienne dont l'influence persiste de nos jours. Depuis trois décennies, force est de constater que, non seulement le "journalisme", mais la totalité des médias contribue à développer dans le monde occidental bien plus que des préjugés : un nouveau mode de vie fondé sur un individualisme forcené qui s'agglutine parfois momentanément en communautarisme. Cette tendance ne paraît pas innocente et se déploie simultanément à l'emprise globale du monde marchand. Il y a collusion implicite et l'art, l'innovation et la culture "non-profitable" finiront par sombrer au fond de l'océan du business. Effet parallèle, la "jivarisation" des cerveaux réductrice de concepts ; par exemple, la paix devient simple tranquillité, et le confort social se réduit à une intense noria de patrouilles de police et à l'apposition sur la porte de son chez-soi d'une affichette Do not disturb. 


Quel sentiment vous inspire la quasi équivalence médiatique d'un Papin et d'un Papon ?TRONG>
Je crois que le chapitre consacré à ce sujet dans Shortages illustre parfaitement le propos ci-dessus. Jouant sur les patronymes, j'ai voulu symboliquement montrer comment on pouvait dans l'esprit du public alimenter la confusion entre ce qui est creux et ce qui est profond (merci Guitry).



Quels sont vos projets d'écriture ?TRONG>
J'ai présentement trois projets bien avancés, tous de fiction. Le premier conte l'histoire d'une involontaire conquête de la liberté par un homme prisonnier de ses propres préjugés, lors de son entrée dans le troisième âge. Avec en toile de fond, les campagnes électorales du printemps 2002. Je suis en instance de transférer cet opus de 120 pages sur Manuscrit.com. Vient ensuite un roman, situé en région toulousaine, qui confronte un jeune divorcé esseulé à deux personnages récurrents de mes ouvrages antérieurs, Alain Hortès, sorti du coma, et Daniel Pugin, sorti de prison. Le renouveau en l'an 2000 de trois types pas épargnés par les épreuves... Le troisième est un recueil de sept petits récits abordant des thèmes aussi variés que l'étiolement de la politique, l'irréflexion de l'amour filial, l'univers impitoyable de l'industrie, la légèreté du romantisme troupier, l'instinct de conservation clanique, l'impossible ressourcement et les méfaits de la saturation bagnolesque. Bien sûr, j'ai d'autres manuscrits à l'état d'ébauches et aussi le désir, n'en déplaise à Manuscrit.com, de reparaître sur les tables des libraires.




Un extrait de Shortages :
"Notre monde contemporain est-il d'abondance et de satiété ? Au beau milieu des matériaux du confort, y-a-t-il encore une place pour la dignité de l'homme ? Aujourd'hui, comment se fait-il que les nantis semblent plus en manque que les pauvres ? Ou en tous cas, sont plus présents sur les plateformes de la revendication et de la colère ? Critique des systèmes qui prétendent régir le monde entier, sans distinction des disparités locales, ce recueil ne répond pas exhaustivement à ces questions mais analyse les raisons de l'insatisfaction, des embarras passés, présents ou futurs."
> la suite

















































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