En 248 minutes, Jérôme Arkantier jette sur le papier un récit à couper le souffle. Sans repères, le lecteur est lâché dans un univers chaotique où s'entrechoquent des fragments de vie vécue et hallucinée. Un texte marginal qui fait voler en éclats les modes traditionnels de la construction littéraire.
Pouvez-vous vous présenter ?TRONG> J'ai 26 ans depuis peu et habite Paris depuis toujours. La journée, je travaille dans la pub en tant qu'indépendant (chef de pub en régie presse). J'ai une vie sociale, pleins d'amis, une famille, des frères et mon passé n'a pas d'importance pour comprendre Te quiero so much. La nuit, je me consacre à l'écriture. J'écris de la poésie depuis 12 ans, depuis 1 an des romans et des nouvelles et depuis 6 mois des textes musicaux.
Au fil des flash back, des contradictions et des changements perpétuels de thèmes et de décors, votre récit prive le lecteur de tout repère. Ce vertige éprouvé à la lecture est-il analogue à celui que vous ressentez pendant l'écriture ? TRONG> J'ai trouvé intéressant de proposer Te quiero so much à lecture pour en faire imaginer la douleur à l'écriture. Tout est désordre mais supplice, certains passages sont incompréhensibles tout de suite.
Ce livre a-t-il réellement été écrit en 248 minutes ? TRONG> Oui ; mais quelques extraits déjà rédigés sont venus s'insérer dans l'histoire. De plus, il y a très peu de corrections. C'est la photographie de 248 minutes d'un cerveau en reconstruction pendant une phase de rémission suite à une profonde dépression.
Quelle liberté vous confère cette écriture spontanée, quasi-automatique ? TRONG> L'écriture est un univers presque sans limite ; imaginez ce que vous confère une liberté totale dans un univers presque sans limite. Cette liberté n'est possible qu'avec l'automaticité qui l'accompagne ; il s'agit juste d'arriver à finir le livre.
Vous abordez les thèmes de la mort, du suicide et de la schizophrénie. L'aspect démentiel de votre écriture est-il déterminé par votre sujet ou est-il caractéristique de votre démarche artistique ? TRONG> L'un n'empêche pas l'autre ; d'ailleurs, Dubuffet disait que "l'art n'est fait que d'ivresse et de folie". Cependant la démarche est purement artistique, comme celle de proposer un livre à la lecture.
Quels sont vos projets ? TRONG> J'ai deux romans en chantier prévu pour dans quelques temps. Il seront construits et romancés du début à la fin! De plus, j'ai également un projet musical original mais je ne peux pas en dire plus pour l'instant. Dans quelques années, je réécrirais peut être Te quiero so much en le titrant dans ma langue natale à mes mères génétique et adoptive ?!
>>> Jérome Arkantier sur manuscrit.com Un extrait de Te quiero so much "J'ai envie de commencer ce monologue par Je autant que j'ai envie de me tirer une balle dans la tête… être insolent aux bonnes conventions qui dictent traditionnellement de ne jamais commencer une lettre par JE, ou se tirer une balle dans la tête d'ailleurs. Un monologue, ce doit être pareil me dis-je en le commençant. Quoi de plus insolent que de commencer comme ça. Bref, je vous disais, "j'ai tellement envie de me suicider que cette envie est encore incomplète apparemment puisque je ne le fais pas ; mon cerveau s'est bloqué sur une quête scripturale qui va me permettre de faire un choix" >>> La suite
Propos recueillis par Sandra Delacourt, janvier 2003.TRONG> Copyright manuscrit.com 2003.TRONG>