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NENA > THRILLER HISTORIQUE
Une interview de Mika Mundsen
 
 
L'enfance de Mika Mundsen est bercée par les histoires hallucinantes que lui racontent ses parents, employés dans un hôpital psychiatrique. La matière était donc là, à portée de plume pour que Mika Mundsen lui donne la forme d'un premier thriller épileptique.

 

Un extraitTRONG>
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Pouvez-vous vous présenter ?TRONG>
Curieux par nature, j'aime varier mes activités. Mais d'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours placé les livres au-dessus de tout. La lecture est presque vitale pour moi ; il arrive en effet que, lors de périodes d'abstinence contrainte, je ressente le besoin véritablement viscéral d'attraper le premier roman qui me tombe sous la main et d'y plonger tête la première. J'écris par plaisir, à mes heures perdues ou (c'est malheureusement plus rare) lorsque le rythme pulsatile des idées affleurant sur mon cortex ne peut plus être endigué ; ce dernier cas suppose des périodes longues où l'esprit n'est pas encombré par les récurrents tracas professionnels.



Comment l'idée d'écrire cette histoire vous est-elle venue ?
TRONG>Avec du recul, je m'aperçois qu'il ne reste pas grand-chose dans mon livre
de l'inspiration qui en est l'origine : il s'agit d'une vieille femme qui me semblait vêtue de chiffons sombres, et que je voyais deux fois par jour au travers de la vitre du car qui m'emmenait au collège. Que pouvait bien faire cette vieille femme immobile au bord du trottoir, le regard sans cesse figé vers l'extrémité de la route, vers le pont franchissant la Douve au beau milieu des marais ? Chaque jour, matin et soir, je me posais la question. Cela me semblait anormal, cette vieille personne à l'aspect fragile, qui, quel que fût le temps, invariablement, guettait quelqu'un ou quelque chose au bout de cette route. Cela me tarauda plusieurs jours. N'y tenant plus, j'interrogeais les gens autour de moi. On me raconta qu'il s'agissait d'une femme ayant réchappé de justesse à la période trouble qui suivit la Libération. Durant l'Occupation, elle avait en effet connu une idylle avec un soldat de la Wehrmacht ayant probablement succombé lors du Débarquement allié en Normandie. Mais, ne pouvant se résoudre à l'accepter, elle attendait son retour, chaque jour depuis 1944, persuadée qu'elle finirait par apercevoir sa silhouette, là-bas, au bout du pont. Les gens disaient qu'elle était folle, et je n'avais aucun mal à croire qu'elle l'était effectivement devenue.



Etait-ce la vérité ? Une simple légende, dont les bribes de vérité avaient
permis aux gens du cru de donner libre cours à leurs fantasmes ? Je l'ignore. Vous voyez que les liens sont ténus entre cette histoire et celle que j'ai imaginée. Pourtant, c'est bien cette vieille femme qui m'a inspiré Simone, la mère d'Aurore, le personnage dont découle toute cette histoire. J'ai longtemps imaginé la vie de cette femme sous l'Occupation et j'en faisais une victime. Afin de réparer une injustice imaginaire que les gens avaient commise à son encontre en la jugeant trop rapidement, c'est-à-dire, sans essayer de comprendre les faits de son propre point de vue, j'ai décidé d'en écrire l'histoire, imaginaire, elle aussi. Cependant, mon imagination s'est laissée emporter.



Les lieux, dans votre roman, l'hôpital psychiatrique, la ferme des Lebiez, l'orphelinat...  sont décrits très précisément, s'agit-il de lieux réels ?TRONG>
En réalité, les lieux situés en Normandie, vous citiez l'hôpital, la ferme, l'orphelinat, sont des endroits qui existent et où j'ai travaillé. Je pense, en effet, que les gens qui les fréquentent pourraient les reconnaître assez facilement en lisant ce livre. Quant aux autres, en particulier ceux décrits à l'étranger, ils sont purement fictifs, je n'ai jamais mis les pieds en Allemagne et n'ai fait qu'une visite éclair à Genève pour ce qui est de la Suisse.



En deçà de la schizophrénie, dont est atteint l'un des personnages principaux, la plupart des personnalités décrites dans votre livre sont duelles…TRONG>
Cela me semble une composante naturelle de l'Homme. La vie est si riche, les rapports humains parfois si compliqués, qu'il me semble inévitable que chacun adopte l'attitude la mieux adaptée à chaque situation, au risque de paraître autre, et ce, sans pour autant renier ses propres valeurs : je ne suis pas le même quand j'écris, quand j'exerce mon métier, quand je pratique mon sport favori en compétition, quand je joue de la musique, quand j'essaie de séduire ou convaincre quelqu'un. A mon sens il est naturel d'exprimer la multiplicité de sa personnalité. Et cela n'a rien à voir avec la pathologie d'un schizophrène. Les hommes faits d'un seul tenant, n'exprimant qu'un caractère, toujours le même, sont des illusions ; comme les autres, sans se l'avouer, ils jouent un rôle, et alors, il suffit d'égratigner la façade pour voir apparaître un pan de leur véritable personnalité.


Comment s'est construite la narration ? TRONG>
Il était possible de décrire les évènements dans l'ordre chronologique. Mais le parti que j'ai pris me paraissait plus efficace pour maintenir le lecteur en haleine ; je souhaitais qu'à chaque fin de chapitre il s'interroge sur les liens existant entre l'histoire principale, qui se déroule en 1978, et les anecdotes historiques qui lui font écho. Au début, il semble qu'il n'y ait aucun lien entre tout cela, et puis, au fil des chapitres, on réalise que si l'on en est arrivé là en 1978, les évènements de 1944 y sont pour quelque chose. Je tenais à ce que le lecteur échafaude des hypothèses, certaines en infirme, et explore de nouvelles pistes. C'est pour cela que, dans mon esprit, la trame a pris la forme d'une galaxie dont les deux branches spiralées s'enroulant l'une autour de l'autre ont fini par se rejoindre au point central. Et lorsqu'on approche de ce point, l'intrigue bascule : il ne s'agit plus de savoir si Aurore est schizophrène ou non, mais si son mari parviendra à la sauver. Je ne sais si j'ai atteint mon but, mais quelques lecteurs m'ont dit n'avoir pu se défaire du livre après avoir lu les premiers chapitres.



Quels sont vos projets d'écriture ?TRONG>
J'envisage, dans un avenir très proche, la publication d'un roman historique. La scène se situe dans l'Antiquité, lors des premières années d'Alexandrie la Grande. Il s'agit de l'aventure scientifique et humaine, mêlée à de sombres considérations politiques, d'un médecin peu connu aujourd'hui, mais qui était célèbre à cette époque, et dont je ne peux dire beaucoup plus pour le moment. C'est une histoire pleine de rebondissements, mais une rupture totale avec mon premier roman, même si, comme dans celui-ci, la chair y est souvent maltraitée. J'ai également un manuscrit en cours de rédaction, mais, en général, je ne parle pas d'un texte tant qu'il n'est pas achevé, car j'ai toujours l'impression que ce serait comme vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.





Propos recueillis par la rédaction, janvier 2006.TRONG>
 
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