Avec "Nouvelles des isles", vous partez en croisière sur la mer Caraïbes et plus précisément dans l'archipel qui entoure la Guadeloupe. Les Saintes, La Désirade, Marie-Galante, Saint Barthelemy, Saint Martin et même un point de terre inhabitée, La Biche.
Escale après escale, laissez vous aborder par le charme de ces îles de rêve, prolongé dans ce périple par une écriture spontanée, le souffle des chaudes nuits tropicales, les effets du rhum et de la musique... Un extrait Commander ce livreTRONG>
Pourriez-vous vous présenter ? TRONG>Né en 1946 à Marseille de père italien et de mère française, je passe ma prime jeunesse en plein ghetto "rital" avant d'explorer la cité phocéenne avec la sensibilité d'un adolescent. Après 1968, mes activités militantes me conduisent à m'exprimer dans des revues syndicales et mutualistes. Dix ans plus tard, je publie régulièrement mes points de vue dans un quotidien régional. C'est en 1986 que je décide de donner à ma vie une saveur plus épicée et m'installe sous les tropiques en Guadeloupe. Je découvre le nouveau monde et rédige les chroniques de mes voyages dans la Caraïbe et aux Amériques. L'une d'entre elles, Coup d'Etat d'Ame en Guyane, devient mon premier livre en 1990. En 1993, je fais paraître un roman d'aventure, Santa Maria de Guadeloupe. Je vis maintenant sur l'île de Saint Martin. Si ma vie professionnelle peut intéresser, je suis un Directeur d'Etablissement de La Poste en pré-retraite. Un homme de lettres, quoi !PAN>
Votre recueil présente des nouvelles indépendantes les unes des autres, avec cependant pour fil directeur une unité de lieu (les îles de l'archipel guadeloupéen). Dans votre écriture, avez-vous privilégié le principe de variété ou le principe d'unité ? TRONG> J'ai privilégié le principe d'unité, conférer L'îlet de l'amitié, dans lequel est évoqué le caractère archipelagique de ces îles. Elles forment un tout comme un collier de perles posé sur l'écrin de l'océan. Les nouvelles ont été pensées dans leur ensemble et les thèmes abordés, (violence, non-violence, sensualité, érotisme, amoralité, amitié, société multiraciale) se retrouvent tout au long des textes à différents degrés. Il s'agit bien d'un recueil unitaire.PAN>
La première nouvelle du recueil ("Les poissons de la Toussaint") possède une dimension "merveilleuse" (monde intermédiaire entre la vie et la mort, présence fantomatique du père, etc), qui contraste fortement avec l'inspiration très réaliste des suivantes (grève de la faim dans "La partie de dominos", évocation des Black Panthers dans "Le pitt à coqs"…). Ce contraste est-il voulu ? Comment vous situez-vous par rapport à ces deux types d'inspiration ?TRONG> Le revenant ("soukougnan" en créole) est un élément de la culture antillaise comme l'est le fantôme en Ecosse. C'est un thème incontournable dans les histoires qu'on se raconte la nuit tombée. La partie de dominos est aussi un élément de la vie quotidienne comme la partie de belote en Provence. Elle est aussi un passe-temps dans les longs conflits sociaux, qui, s'ils s'éternisent, déclenchent parfois la grève de la faim d'un ou plusieurs leaders syndicaux. Ce sont des actes de désespérance de plus en plus fréquents. Le mouvement Black Panthers est actuellement en sommeil comme l'est le volcan La Soufrière. Voilà trois données différentes, le merveilleux avec le revenant, la non-violence avec la partie de dominos ou la grève de la faim, la violence avec les Black Panthers, mais toutes trois sont des éléments de la vie, même au paradis tropical. Cet antagonisme est celui des contradictions de l'humanité en marche. L'opposition des thèmes est effectivement volontaire.PAN>
Comment me situer par rapport à une inspiration venue du merveilleux ou à celle issue d'une réalité criante ? Il serait prétentieux de donner une réponse universelle à cette question existentielle. Le vieil Hugo, himself, n'y parvenant pas, écrit, "c'est ici le combat du jour et de la nuit". Mais, je n'aime pas fuir les questions et tenterai cette réponse : je me situerai plutôt dans le cadre d'une inspiration de combat, donc de réalisme, puisant toutefois dans l'inspiration du merveilleux, pour sortir de mes instants de doute.PAN>
"Le créole, cette langue vernaculaire, a su racler la couenne, dégraisser et désosser le français, pour n'en garder que les meilleurs morceaux", écrivez-vous dans "Les poissons de la Toussaint". En tant qu'écrivain, qu'auriez-vous à reprocher à la langue française ? TRONG> A la langue française ? Nothing. Elle est merveilleuse, justement, parce que c'est une langue de combat et encore plus dans sa forme poétique où elle devient une arme chargée de futur. Quant au créole il faut l'entendre dans son contexte; il a été et est encore par son adaptabilité tout terrain, le véhicule de transport d'une société multiraciale aux origines planétaires depuis cinq siècles.PAN>PAN>
Les thèmes de la violence et de la non-violence reviennent à plusieurs reprises dans vos textes. Personnellement, seriez-vous plutôt partisan de Martin Luther King ou des Black Panthers ?TRONG> Martin Luther King of course ! C'est parce que je suis un non-violent convaincu que je peux prendre le temps de comprendre les partisans de la violence. En ce qui me concerne, je ne peux répondre pour d'autres, la réciproque n'est pas vraie.PAN>PAN>
Dans "La partie de dominos", vous rappelez qu'on appelait "domino" un couple mixte blanc/noir. Dans "Le pitt à coqs", le surnom de Sonia, la chabine, est "Black and White", comme la marque que vous donnez au Whisky… Plus généralement, l'opposition des Noirs et des Blancs est très présente dans vos récits. Diriez-vous, d'après votre propre expérience, que cette tension est encore très vive aujourd'hui en Guadeloupe ? TRONG> Il est toujours intéressant d'observer les contrastes sans pour cela qu'il y ait une quelconque tension entre eux ou avec soi. Il y a tension quand l'un ne respecte pas l'autre et le visiteur qui arrive en conquistador n'est certes pas apprécié en Guadeloupe comme ailleurs. Là, j'ai la prétention de donner une réponse universelle. La nouvelle, "L'îlet de l'amitié" illustre mon expérience.PAN>PAN>
La tonalité érotique de "L'éternel sofa" vous est-elle seulement inspirée par la lecture de Crébillon ?TRONG> Hups ! Ce serait h o r r i b l e ma chère. My God ! En fait, si l'érotisme tropical est une sensualité de référence, on ne le trouve pas vraiment dans la littérature antillaise. Tabou en écriture ? Peut-être. J'ai donc voulu m'y essayer, en challenger, sans sombrer dans la vulgarité. Y suis-je parvenu ?PAN>PAN>
Quels sont vos projets ?TRONG> Sur du long terme, vivre. A plus court terme, et si "Nouvelles des Isles" plait, écrire d'autres nouvelles sur d'autres îles de rêve. PAN>
Propos recueillis par Clotilde Meyer, janvier 2005. Copyright Le Manuscrit 2005.TRONG>