Moments choisis pour un éloge de la solitude et de la sérénité dans un monde qui s'agite... Pénélope et les féministes sont les leçons de vie d'une femme, de ses souvenirs émerveillés d'enfance aux moments forts de son existence, sans oublier les petits riens quotidiens.
Pouvez-vous vous présenter ?TRONG> Je suis née à Paris, dans le 20ème arrondissement, mais mes premiers souvenirs se situent en Bretagne, à St Malo, St Lunaire où j'ai vécu les premières années de ma vie. Je m'y sens là-bas en pays natal, c'est pour moi le pays parfait de l'enfance, celui que l'on garde toujours au coeur. C'est là-bas que s'est forgée en moi l'idée que la vie est une chose romanesque, et que j'ai acquis le goût du mystère, la fascination pour "l'ailleurs", les forces de la nature, le vent, la roche, les marées d'équinoxe, la beauté brute et solide de cette région m'a marqué à tout jamais. J'ai ensuite grandi à Paris, et j'ai travaillé tôt dans les métiers de l'édition et de la publicité. J'écrivais en parallèle, surtout de la poésie, mais sans beaucoup de constance. Puis les livres que je ne finissais pas m'ont mené aux livres des autres, et au métier que je fais aujourd'hui, libraire.
Ces nouvelles sont des morceaux de vie, de votre vie. Comment ressentez-vous le fait de vous exposer ainsi dans vos questionnements, vos joies et vos déceptions ?TRONG> Ces nouvelles ont été écrites à un moment particulier de ma vie, j'avais arrêté de travailler pour élever mes enfants, et j'ai alors repris mes études. J'ai rédigé un mémoire d'histoire sur le personnage de l'Odyssée, Pénélope, et son rapport avec les féministes du 20ème siècle. D'un côté, il y avait Pénélope, femme aimante et fidèle, mère exemplaire, et puis de l'autre côté la théorie féministe qui dénonçait dans ce personnage la soumission à l'homme, à la société. Cela m'a fait réfléchir à certaines de mes contradictions. Alors j'ai écrit ces quelques moments de ma vie, qui oscillent entre la quête d'harmonie et le besoin de liberté, entre la joie de créer sa propre famille et le besoin d'échapper aux siens parfois. Je n'ai pas eu la sensation de me livrer, j'ai écrit dans la "chambre à soi", l'idée d'être lue n'était pas présente à cet instant. Quand j'écris, j'ai l'impression d'aller à la source, comme dans un puit, mais je ne sais jamais trop ce que je vais remonter. Le regard de l'autre ne pèse pas à ce moment là, sinon je crois que je n'écrirais pas. Les écrits intimes, ça me fait l'effet des lettres trouvées au hasard, lues en cachette. le destinataire n'est pas forcément le bon, le lecteur ne connaît pas celui qui écrit, pourtant les mots sont là, et parfois les deux sensibilités, mises face à face, se font écho.
Une grande nostalgie se dégage de vos nouvelles, comme une déception face à la vie d'adulte, par rapport aux promesses dorées de l'enfance. Toute magie est-elle bannie une fois la page de l'enfance tournée ?TRONG> J'aime tous les instants de ma vie, ils ont chacun une saveur particulière, mais je trouve qu'avec le temps leur saveur augmente, il ne reste alors que l'essentiel, comme le coeur d'un parfum et je prends du plaisir à les recréer en écrivant. C'est vrai que les souvenirs d'enfance sont magiques, ils ont cette capacité de contenir tant d'émotions, c'est ce qui leur donne leur force, leur féérie. Cela m'émeut souvent de réaliser que mes enfants construisent eux aussi leur trésor de souvenirs dans des moments parfois anodins, ordinaires pour nous adultes. Bien sûr que la magie s'atténue lorsque l'on tourne cette page dorée de l'enfance mais je crois que nous avons tous notre façon de la faire renaître.
En tant que libraire, vous êtes immergée dans la littérature. Est-ce cela qui vous a donné envie d'écrire ?TRONG> Mon métier est une suite logique de ma proximité avec les livres, il me permet de vivre au milieu de l'écriture, même lorsque je n'écris pas. Mon père était imprimeur. Un jour, il m'a emmené visiter l'imprimerie où il travaillait, j'étais toute petite, mais je me souviens de toutes ces pages blanches imprimées, des piles et des piles d'ouvrages. Je me rappelle lui avoir demandé s'il avait écrit seul tous ces livres. Fabriquer, écrire, pour moi, il n'y avait pas de différence La lecture, ce n'est pas uniquement un plaisir intellectuel. Ttoucher les livres, les ranger, les couvrir, vivre au milieu d'eux me plaît.
Quels sont vos projets d'écriture ?TRONG> Je viens de terminer une nouvelle assez longue "Joséphine", et je recommence à écrire de la poésie, c'est vraiment un format d'écriture où je me sens bien.
"Je voudrais que quelque chose se passe. Quelque chose d'important. Je me lève tous les matins avec le coeur chargé à mille volts et je rentre tous les soirs bredouille, pas même triste, pressée seulement de rejoindre le vertige délicieux de l'endormissement, le dernier qu'il me reste, et de m'y abandonner voluptueusement comme à un amant impérieux, de me fondre, me dissoudre, oublier…"