Le livre Paul grandit à Paris dans les années soixante dix au coeur d'une famille quelque peu singulière. Sa mère, issue de la haute bourgeoisie et catholique fervente a épousé un ancien ouvrier et immigré italien devenu chef d'entreprise. Le foyer accueille aussi la tante Zerbina qui a élu domicile sur le canapé du salon et s'obstine à ne comprendre le français et à ne s'exprimer que dans sa langue maternelle, et Rose enfin, la bonne fidèle. Paul souffre de l'adoration qu'il voue à sa mère et qui lui paraît négligée par elle. Elle est distante avec lui, et lui semble entièrement préocupée par cet autre, l'absent, le frère caché dans une chambre dont la porte lui reste close. Le mutisme est, par tous, entretenu à son sujet, mais les signes de l'existence de "celui dont on ne parle toujours qu'à voix basse", une corbeille de linge sale, les "reliefs d'un repas", et surtout un morceau de violon, joué chaque après-midi par sa mère, attise bientôt la curiosité de Paul, puis son obsession à braver l'interdit. Commander / voter pour un extrait TRONG>TRONG>
Pouvez-vous vous présenter TRONG>? Je suis née à Paris, le 4 août 1962. J'écris depuis mon plus jeune âge. Malgré le fait d'être devenue éditrice depuis 10 ans, ce qui me comblerait vraiment serait une reconnaissance de la part du public lecteur pour ce que j'écris. Concernée par l'actualité, il m'arrive de réagir (cf. Lire ou Télérama).
Les relations complexes avec votre mère, à laquelle vous portez beaucoup d'amour, amour, à propos duquel vous dites ne pas avoir su le lui exprimer, sont-elles, comme réfractées, inversées dans l'ouvrage présent, pour mettre en exergue la difficulté réciproque dans l'amour filial ?TRONG> Je ne pense pas qu'une mère, surtout si elle a plusieurs enfants, aime moins l'un que l'autre. Dans mon cas, il y avait une espèce de défiance réciproque que j'ai pu prendre pour un non-amour ; c'était évidemment une erreur. Pour les relations de Paul et de sa mère, je n'ai pas cherché à juger ni à excuser le comportement des personnages. Symboliquement, Paul est l'enfant " du devoir ", alors que Gilles était celui de l'amour. Même si elle aimait Paul, elle n'a pas été expansive avec lui car elle s'est interdit d'aimer depuis ce qui lui est arrivé ; c'est ce qu'on appelle " un coeur en hiver ".
Avez-vous toujours le sentiment d'avoir été spoliée d'une partie de votre mémoire, de votre enfance, pour requérir dans ce roman le thème très fort du frère absent, du frère volé à un enfant ?TRONG> Non, cet événement auquel vous faites allusion ne me concerne pas directement. Enfant, j'avais une amie qui habitait dans mon HLM et que je voyais souvent. Pour moi, elle avait toujours été fille unique. Un jour, elle nous a amenées chez elle, avec d'autres amies. Alors que nous passions devant une porte fermée, elle s'est retournée vers nous et nous a fait signe de faire moins de bruit parce que son frère dormait. Personne n'a osé lui posé de questions et nous n'en avons plus jamais parlé. J'ai appris quelques années plus tard que ce frère, gravement handicapé, était décédé. Je me suis souvenue ensuite que Marguerite, mon amie, portait enfant des chaussures orthopédiques. J'imagine que génétiquement, elle avait dû être touchée également, mais de façon moins grave que son frère (qui s'appelait Frédéric). Cet événement m'a marqué et c'est de ce point de départ qu'est né l'ouvrage. Les relations mère-enfant sont venues se greffer sur ce canevas et j'y ai bien sûr mis des émotions personnelles.
A ce propos, la mémoire tient un rôle déterminant dans vos ouvrages. Elle se retrouve aussi chez vos auteurs de prédilection, Proust, Jean Rouaud, Colette, Jérôme Garcin..., qui tous, traduisent leur attachement à une figure parentale... Ressentez-vous, à l'instar d'un Modiano, que vous affectionnez aussi, une forme de nécessité à "épuiser le sujet" pour recouvrer une forme de réconciliation avec votre histoire, de sérénité à son égard ? TRONG>Je n'avais même pas pensé à cela en citant les noms de ces écrivains que j'aime particulièrement. C'est vrai que la mémoire tient une place importante dans leur oeuvre. La mémoire est la faculté la plus importante dont nous soyons pourvus. Sans mémoire, l'homme n'existe pas. Certaines personnes disent qu'" on écrit toujours le même livre ". C'est vrai que ce thème peut être décliné de différentes façons ; cette " réconciliation " dont vous parlez se fait de manière inconsciente de ma part : c'est, je l'avoue, une manière de me psychanalyser.
Vous éditez des ouvrages d'Histoire. Vos écrits vous offrent-ils la possibilité de souder une fracture, une césure née de la confrontation, ou plutôt de cette grande distance qui peut se révéler douloureuse, entre celle que l'on pourrait nommer "la Grande Histoire" avec celle d'une famille ?TRONG> Les ouvrages qui passent entre mes mains dans le cadre de mon métier abordent un peu tous les sujets liés à l'histoire contemporaine (vaste domaine). Mais il m'arrive de retrouver, je pense notamment à celui que je suis en train de préparer, l'histoire de familles séparées pendant la guerre ou d'autres sujets aussi graves. Cela trouve évidemment des échos en moi et me ramène sinon à ma propre histoire, du moins à une prise de conscience très forte ; cela apprend aussi à relativiser (j'ai lu tant d'horreurs !).
Quels sont vos projets ?TRONG> Mes projets dans l'immédiat : je vais adresser le troisième ouvrage que je lui dois à manuscrit.com (Falaise). Sinon, je suis sur un autre projet qui m'a demandé deux ans de recherches en bibliothèque. C'est un sujet original, je pense, dont je ne dois pas dévoiler le titre (j'ai trop peur qu'on me le prenne !). Je souhaiterais le proposer à un éditeur classique, histoire de voir enfin ma production sur les étals des librairies (et me sentir enfin un véritable écrivain). Cela dit, je suis ouverte à toutes propositions qui irait dans ce sens de la part de manuscrit.com ou des éditions Nicolas Philippe. Qui sait ?
Propos recueillis par Karine Staub, février 2004. Copyright La Manuscrit 2004.TRONG>