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CHRONIQUE D'UNE MORT PROGRAMMÉE > RÉCIT
Un entretien avec Sabine Cosquer


Le livre
La journée d'une vieille femme en  maison de vie.
Une plongée alarmante dans le quotidien de ces institutions où la société cache ses vieux. Par delà le rempart des bouses blanches et de la monotonie, un magnifique chant altruiste qui transcende la violence hygiéniste et rend hommage à la vie-jusqu'au bout.

Un extraitTRONG>
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Nos questions à Sabine Cosquer
Pouvez-vous vous présenter ?TRONG>
Je suis née il y a 36 ans dans un petit bourg de Bretagne que j'ai retrouvé avec joie après quelques errances dans la région parisienne pour suivre mes études. Infirmière un peu par hasard, j'ai toujours pensé que je trouverais ma place auprès des personnes âgées. J'aime observer la vie, elle est présente partout, j'essaye de ne pas porter de jugement, je regarde au-delà des apparences, j'essaye toujours d'entrevoir ce qui se cache derrière le masque. Je me pose beaucoup de questions, j'essaye parfois de trouver des réponses en sachant qu'il n'existe pas de vérité, que chacun d'entre nous cherche sa vérité. Je suis très attachée à ma famille, elle est ma force et certainement ma faiblesse.



Vous dénoncez sans y insister la société  qui "cache ses vieux" : la raison de cette dérobée/dérobade est-elle uniquement d'ordre esthétique ?
TRONG>Non la peur de la mort est certainement plus près de la vérité. La société a changé, elle s'ouvre sur l'avenir, le passé ne s'inscrit plus dans les gènes, l'individualisme prime, les personnes âgées parfois sont laissées sur les trottoirs de la vie parce qu'elles n'ont plus la force de suivre (opinion toute personnelle !). En cachant la mort, nous cachons la vie. La vie c'est un commencement et une fin, c'est une suite de joies et de peines, en oubliant la mort nous nous détachons de l'essentiel, nous finirons peut être même par nous perdre un jour. Le temps laisse des traces sur le corps mais celui-ci est il moins beau pour autant ? Ne pas laisser d'emprise au temps, c'est refuser que la vie puisse finir un jour comme elle a commencé et c'est parce que la vie a une fin qu'elle est si belle et si précieuse.



Quels seraient les 10 premiers droits d'une Charte des personnes accueillies en "maison de vie" ?TRONG>
La charte écrite par des professionnels de la santé n'est pas en cause c'est l'application qui parfois fait défaut. Les droits des personnes âgées sont écrits  noir sur blanc dans chaque institution accueillant des personnes âgées. Ces droits sont les même pour tous, ils sont simplement plus facile à occulter dans un service accueillant des personnes âgées dépendantes. Trois mots gorgés de souffrance et d'espoir, trois petits mots pour changer la vie : Choix, Respect, Dignité.



La chaleur humaine et le réconfort suffiraient-ils dans ce lieu à éradiquer tout sentiment de routine selon vous ?TRONG>
Non certainement pas, mais un sourire et une parole  peuvent faire des miracles. Les personnes âgées ont besoin de repères, donc de routine c'est aux personnels soignants de ne pas se sentir prisonniers de cette routine. La liberté de choix pour le personnel est très importante à mon avis, il faut peu de chose pour déplacer des montagnes encore faut il le vouloir. Un sentiment de sécurité, une écoute attentive, une reconnaissance et une acceptation c'est de tout cela que nous avons tous besoin, jeunes ou âgés. L'institution ne pourra jamais remplacer la douceur d'un foyer rempli de rêves et de souvenirs, pour faire vivre un lieu, des murs il faut beaucoup d'émotions positives ou négatives.



Vous êtes vous-même infirmière en hôpital : jusqu'à quel point ce récit s'inspire-t-il de votre pratique ?TRONG>
Je travaille depuis 14 ans auprès des personnes âgées par choix. Nous avons tous des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, la réalité n'est jamais bien loin des apparences. L'institution n'a jamais et ne sera jamais une solution idéale. Nous avons tellement d'excuses pour préférer parfois  baisser les bras et en même temps aucune excuse pour bafouer les droits les plus élémentaires. Ce récit est une des réalités de la vie en institution, la vérité va au-delà des mots, elle se cache toujours et encore derrière les apparences.  



Avez-vous souffert, et dans quel sens, pour coucher sur le papier, des événements et situations que vous côtoyez au quotidien ?TRONG>
Bien sur  derrière chacun de mes mots la souffrance est présente mais elle s'accompagne également de plaisir. S'il ne me restait que la souffrance je n'aurais plus ma place auprès des personnes qui au crépuscule de leur vie trouvent encore assez de ressources pour donner encore et toujours.  Les mots que j'ai couché sur le papier sont des mots d'amour, des mots d'excuses de n'avoir jamais trouvé la force de parler, d'avoir vu des étoiles s'éteindrent dans des yeux... Les mots me viennent difficilement à la bouche et lorsque ceux-ci sont gorgés d'émotion ils refusent tout simplement de sortir de peur de blesser ou d'agresser. J'ai trouvé dans l'écriture un dérivatif à ma passivité. Je pense qu'il était temps pour moi de rendre hommage à toutes ces personnes qui du fait de leur grand age et des circonstances de la vie n'ont plus la possibilité de s'exprimer. Cet écrit n'est pas une critique de la profession, il ouvre simplement les yeux sur une réalité que parfois nous préfèrerions occulter.



Quels sont vos projets d'écriture ?TRONG>
Je viens juste de découvrir que j'aimais écrire. Je n'avais jusque là aucune prédisposition pour l'écriture, ma dernière lettre remonte certainement à plus de dix ans ! La suite ? Peut être un polar, je le laisse doucement arriver jusqu'à moi. Pendant trois mois, j'ai trouvé un plaisir infini dans l'écriture, la possibilité de m'exprimer, de trouver mes mots, j'ai laissé ensuite le doute s'installer, envahir mes pensées. L'écriture pour moi doit toucher les êtres peut importe l'histoire si elle distille de l'émotion. J'ai du mal parfois à trouver les mots justes, il me faudra attendre d'avoir plus de recul pour en parler simplement.





Propos recueillis par Frédéric Grolleau, avril 2003.
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