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La première
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Joan Ott
 
Présentation
Marielle vit ses dernières heures, entourée de ceux qui l’ont aimée. Ils se souviennent…
Extrait du livre
Ce ne sont pas les souvenirs qui manquent. Avec Marielle, nous avons vu des spectacles inoubliables. Nous avons voyagé dans des endroits fabuleux. Nous avons eu ensemble des conversations comme sans doute peu d’amies en ont. Pourtant, depuis que je sais qu’elle s’en va, ce n’est pas à ces choses-là que je pense. Non. Ce qui me revient et qui ces jours-ci va jusqu’à l’obsession n’a rien que de futile. Des images banales. Triviales, même. Une surtout : Marielle passant ses dents au jet. Quand elle venait chez moi, elle emportait le sien. Trois valises au moins, même quand elle ne restait qu’un ou deux jours. Elle emportait des bijoux, des robes, des sacs à main comme si elle emménageait pour plusieurs semaines. Et son jet dentaire. Elle ne l’oubliait jamais. Alors que moi, je voyageais léger. Toujours plus léger. A mesure que ses malles se multipliaient, la mienne se faisait plus légère. Les derniers temps, je n’emportais presque plus rien. Mon jet dentaire, jamais. Je savais qu’elle me tendrait un embout rouge, toujours rouge, en disant : « Tiens, il est tout neuf, il est pour toi. Je me doutais bien que tu n’y penserais pas ». Mais ce n’est pas moi que je revois passer mes dents au jet. C’est elle. Elle, debout devant le lavabo. Elle encore, assise devant le même lavabo, quand elle n’a plus pu se tenir debout. Marielle dans sa salle de bains, nue après le bain, son jet dentaire à la main. La rallonge stupide qui traîne au sol, toute entortillée, sa tête penchée sur le lavabo, l’eau qui coule de sa bouche, le bruit de l’eau qui coule, la prise qui ne tient pas, elle qui m’appelle à l’aide, moi qui rebranche l’appareil, elle qui me remercie, et l’eau qui coule à nouveau, qui coule encore, qui coule toujours. Marielle, une eau qui coule. Comme si dans les mois, les années à venir, je ne devais conserver d’elle que cela. Marielle, une eau qui coule. Une image. Comme une obsession. Les dents… C’était important pour elle. Important pour moi aussi. La toute dernière fois que je suis allée la voir, j’avais un bridge provisoire. Un matin, il est tombé dans le lavabo pendant que je me brossais les dents. Je le lui ai montré. Tout de suite, elle a téléphoné à son dentiste qui m’a proposé de me recevoir dans la journée. Je ne voulais pas la laisser seule. Elle a dit : « La santé d’abord ». Comme si ce bridge avait été la chose la plus importante du monde. Et elle a ajouté : « Tu vas y aller. Je me débrouillerai bien toute seule pendant deux ou trois heures ». Comme toujours, j’ai fait ce que voulait Marielle. Au retour, je me suis arrêtée dans une librairie pour acheter « Le Moine et la Psychanalyste » de Balmary, qu’elle m’avait demandé. Nous savions toutes les deux qu’elle n’aurait plus le temps de le lire, mais elle le voulait tout de même. Elle savait qu’elle n’en avait plus que pour quelques semaines, quelques jours peut-être, mais elle voulait ce livre. Il faisait partie de ses projets. Projets de lectures, de voyages, de déménagement. Elle disait : « Je sais bien que je vais mourir dans quelques jours, mais que veux-tu, c’est plus fort que moi. Je n’ai jamais su vivre sans projets ». Quand je suis rentrée chez moi, je suis allée acheter « Le Moine et la Psychanalyste ». Je le lirai plus tard. Je le lirai pour elle. Quand elle ne sera plus là. En attendant, je brosse mes dents et je les passe au jet. Chaque matin et chaque soir. Et
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