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Vie de Mathilde Sincy
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Dominique Chryssoulis
 
Présentation
Mathilde Sincy a-t-elle réellement existé? Elle serait née en 1602 et aurait été enterrée en 1625 au couvent de Port-Royal des Champs. De sa courte vie restent des fragments de lettres, adressées à sa mère, à un jeune cousin, à l'homme qu'elle devait épouser, à la mère Angélique Arnaud, abbesse du couvent. Ces fragments, jamais envoyés à leurs destinataires, et dont le temps a parfois mangé l'écriture, témoignent d'une égale violence dans l'amour, dans l'appel lancé aux humains et à Dieu, et dans l'effroi face à leur silence.
Extrait du livre
Cela tient dans un petit coffre en plomb où logerait à peine le corps d'un nouveau-né. Des liasses de feuilles de papier couvertes d'une écriture fine. Comme mangées par l'encre des mots. Son corps à elle fut enseveli en 1625 dans un linceul à même la terre, selon la règle du couvent de Port-Royal des Champs. Quelqu'un sauva cet amoncellement de paroles, de pensées jetées pêle-mêle, de lettres jamais envoyées à leurs destinataires. Peut-être une de ces religieuses avec lesquelles elle ne pouvait correspondre que par signes dans ce lieu de silence. Elle s'appelait sœur Adèle. De son vrai nom Mathilde Sincy. On l'avait retrouvée morte sur la paillasse de sa cellule. Un longue aiguille plantée dans le sein gauche avait perforé le cœur. La pierre qui avait servi à enfoncer l'aiguille était tombée à terre. Un peu de sang perlait à la blessure et se confondait avec la grande croix rouge du scapulaire. Elle avait vingt-trois ans. Sur un tableau de Philippe de Champaigne, on la voit assise parmi les religieuses qui entourent la Mère Angélique Arnaud. Rien ne la distingue des autres sauf, peut-être, une étrangeté du regard, comme tourné vers le dedans. Les textes, plusieurs centaines de pages au total, sont tous datés. Certains sont devenus illisibles malgré la protection du coffre en plomb. L'encre, peut-être, ou le papier, de qualité médiocre, n'ont pas résisté au temps. D'autres, tachés d'humidité, sont lacunaires. La plupart sont intacts. Quelle vie s'offre là, et à qui, sous cette avalanche de mots enfouis dans le silence du papier. Combat de chaque instant pour tirer du fond de l'eau ce qui menace de s'y perdre. Parole incapable de se dire dans la lumière et condamnée, pour ne pas disparaître, ne pas laisser disparaître qui la porte, au corps à corps de l'écriture. Parole écrite pour gagner sur la mort la vie têtue qui s'y exprime. Les derniers textes précédant la mort sont une lettre à la Mère Angélique Arnaud et des pensées sous forme de fragments, tous datés du mois de novembre 1625. Lettre à Mère Angélique - 3 novembre 1625 Je l'ai fait. Je suis sortie dans la nuit et j'ai couru jusqu'au milieu des bois. J'ai crié dans le vacarme du vent. Pas assez fort. Pas assez. Face dans la terre humide, dans la pourriture des feuilles mortes. Dans le froid et le vent de la nuit. J'ai crié. Comme une bête malade. Dieu m'avait enlevé les mots. Quelque chose, à force, s'est un peu attendri dans ma poitrine. La pierre du cœur s'est arrondie aux angles. Ses arrêtes se sont faites moins tranchantes pour la chair du dedans. Dieu, peut-être, a entendu dans mes cris quelque chose à quoi j'étais sourde. * Les fragments sont de taille inégale, séparés par des traits horizontaux. 10 novembre 1625 Le vent, depuis deux jours, maltraite les arbres. Dévaste ma tête autant que la forêt. Accepter ma tête forêt dévastée. Ma tête champ de ruines. Accepter. Renoncer à la pensée comme jadis au monde. Accepter la confusion de l'esprit comme ce vallon les brouillards de l'hiver. Descendre. Descendre encore. Dans le dénuement de l'âme et sa perdition comme dans les marécages de ce lieu. Descendre sans peur, corps et âme, dans ces eaux noires.
Les avis des lecteurs
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13.06.2009
J'aurais qu'un mot à dire : magnifique ! Dommage qu'on ne puisse pas en lire plus...
14.06.2009
C'est un livre qui m'a bouleversée, et que je n'oublierai pas de sitôt !
25.03.2010
Un livre d'une beauté saisissante.
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