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Emilie entre fabulations et vérités
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Marie BARRILLON
 
Présentation
Emilie, une mamie à travers le temps raconte et se raconte. elle résume ses 90 ans de vie. Les décennies traversées. Elle fait le compte et le décompte d'une vie bousculée par les événements, les guerres, les joies, les tristesses. Féministe jusqu'au bout des doigts à une époque qui ne l'acceptait pas, elle se remémore ses batailles. Dans la joie, elle raconte l'évolution de la vie en générale et la sienne en particulier, en passant par l'évolution et le modernisme. Elle est pleine d'humour et d'amour, de révolte et de tendresse, elle enjolive parfois le passé pour en faire apparaître moins de misère. Elle s'est toujours battue pour sa liberté et celle des femmes en général. Et même aujourd'hui au seuil de sa vie, elle reste libre.
Extrait du livre
Quelques mots avant mon départ. Quelques mots comme ça, sans motif particulier, parce qu'il ne me reste plus que cela…la parole. Des mots pour combler les vides. Revoir les beautés plus que les désolations. D'autres pour me rassurer sur mon existence toujours bien réelle. Faire de mes souvenirs des merveilles à partager. Des blablas à ne plus savoir qu'en faire. Gais. Tristes. Des tournures de phrases simples, voir même stupides mais toujours bien amusantes. Des gags verbaux à trois francs six sous. Des calembours, oh, combien idiots parfois ! Et des jeux de mots tirés par les cheveux. Des palabres dont tous les sentiments imaginables se confondent. L'important étant d'exister jusqu'au bout sans se couler dans l'indifférence de tous. Sans être un poids insupportable pour les autres. Pour les miens. Montrer ma présence même si maintenant je ne suis plus d'une grande utilité. Lorsque j'étais enfant, je trouvais toutes les grands-mères pleines de douceur, sans imaginer un instant en devenir une moi-même. Et que suis-je à présent ? Un vieil arbre plein de vie. Un vieil arbre rongé par les chagrins, embelli par les joies. Fatigué par les années, altéré aussi, il faut bien le dire, par quelques remords. Ces grands-mères me remplissaient de respect, de tendresse. Une parole de grand-mère vaut bien son pesant d'or ! Une parole de vieille femme abasourdit par le poids des années suscite les rires. Adoucit les cœurs. Tranquillise l'esprit. Apaise les chagrins. Je me dois de reconnaître que le récit de mon passé ne sera pas spécialement pudique. Je n'ai pas été bonne sœur, ni femme soumise. Plutôt vivante, insouciante et délibérément contre la droiture qui nous empêchait d'être nous-même à part entière. J'ai même énormément profité de la vie. De ce qui m'était possible d'en extraire. J'en ai tiré la corde dans tous les sens possibles, au risque de la rompre. A tout moment elle était tendue. Il me fallait vivre selon mes rêves et mes convictions. C'est ce que j'ai fait au détriment des rumeurs mal intentionnées. En fait, ma naissance s'est avérée être une erreur d'époque, de génération, de siècle. J'étais faite pour la liberté, bâtie pour une indépendance affirmée, en avance sur le temps avec mes valeurs et mon esprit. Liberté. Liberté. Liberté était mon maître mot. Un état que je n'ai jamais ni quitté, ni cédé. La génération d'aujourd'hui aurait été bien plus à ma mesure que celle que j'ai vécue. Oh, que oui ! Ceci ayant provoqué, autour de moi, tant de discordes, de malentendus, de médisances, de mépris aussi. Je suis toujours passée outre parce que je voulais vivre, vivre…et j'ai vécu. Autant qu'il m'était possible de le faire. Bravant les regards. Contournant la droiture. Frôlant la luxure. Déjouant les pièges tendus devant moi. Ecartant les interdits frustrants. Sans jamais sombrer dans l'illégalité, même si l'honnêteté ne paie pas. Aujourd'hui, mes actions paraissent bien dérisoires mais en 1935, les mentalités étaient bien différentes. N'est-ce pas Napoléon qui en 1804 consacra l'incapacité juridique de la femme et du même coup l'incapacité de toutes actions, toutes décisions féminines dans les esprits masculins ? Donc en 1935, je n'étais pas considérée comme une gentille fille. J'avais tout juste dix-neuf ans. Les doigts se tendaient dans ma direction pour faire de moi une risée.
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