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Les astics matent
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Zahia Draperi
Présentation
Quand je l'ai rencontrée la première fois, elle n'était pas encore sortie de la dépression causée par l'arrestation et l'incarcération de son fils, elle m'avait signifié, avec des termes crus, tout le mépris qu'elle vouait à la prison et aux petites gens qui fréquentaient la prison. Elle dit avoir déployé tous les efforts pour échapper aux cas sos, c'est ainsi qu'elle qualifie tous les marginaux. Par la faute de ce fils elle se voit renvoyée à cette image qu'elle a toujours cherché à fuir. Elle vit la détention de son fils comme un camouflet tous les jours répété, une offense permanente à sa dignité.
Extrait du livre
Ce mercredi matin, la lune encore accrochée à un ciel gris et bas, je me suis réveillée avec un regard nouveau sur les choses qui m'entourent. Mes yeux, dès l'aube, s'écarquillèrent et se fixèrent sur chaque chose, sans ciller, comme si je les voyais pour la première fois. C'est bizarre. Tel un automate, je me suis extraite du lit. J'ai posé mes pieds sur les chaussons, sans les chausser, et je suis restée là debout à regarder le petit rectangle de ciel gris. Les volets de ma chambre sont toujours ouverts, le rideau est placé à mi-hauteur pour que je puisse voir le ciel quel que soit le temps et la saison. Bon, il y a le principe de réalité qui, qu'on le veuille ou pas, est là ; aucun super effort, aucune bonne volonté ne peut l'anéantir, seule la folie peut nous en éloigner et c'est en cela que la folie est parfois salvatrice. Au bout de quelques secondes, j'ai compris que j'étais trop lucide pour être folle, j'ai baissé les yeux sur mes pieds qui me souriaient. J'ai dis bonjour. Bonjour à moi-même, à la chambre, au ciel et à mes pieds qui souriaient toujours. Parfois à trop sourire on devient cynique, pour éviter toute provocation, je les ai glissés dans mes chaussons et leur imposa à eux aussi le principe de réalité qu'accentua une voix sortie du radio-réveil. Pègre, Péché, Pénitence, Peine, Perfidie, Perversion, Perquisition, Pessimisme, Persécution, des pets successifs se déclenchèrent et répandirent leur pestilence. Qu'importe ! C'est le jour où je vais voir Alain. La gare de Survilliers-Fosses, en région parisienne, se trouve à mi-parcours du centre pénitentiaire, c'est là que j'attends Akila qui me récupère en voiture pour la suite du trajet. Le temps est maussade, il crachote aussi. Je me suis assise sous un des nombreux abris-bus, à la sortie de la gare, face au bar tabac PMU, seul commerce visible dans le coin, il me sert de refuge quand l'impatience me fait arriver trop tôt. En attendant Akila, je lis méthodiquement les rubriques de mon canard enchaîné, je lève de temps en temps les yeux pour guetter son arrivée. Elle a une Renault grise. Voilà plus d'un an que nous nous rendons ensemble au centre, une relation saine et amicale est née pour cette dame qui vient voir son fils incarcéré. Il est en prison depuis près de deux ans pour avoir, avec une bande de copains, agressé un commerçant, il n'est pas encore jugé et la maman ne cesse de se morfondre dans la honte et la douleur. Je venais, de la porte sud de Paris, voir Alain en transports en commun. La gare, la plus proche, est à plus de deux kilomètres du centre pénitentiaire et aucune navette n'est prévue pour les visiteurs. Chaque parloir se préparait comme une expédition. A huit cent mètres de chez moi je prenais le bus, puis le RER, puis le métro, puis le RER, puis le train, puis je chaussais mes baskets que j'avais toujours dans mon sac à dos pour faire les deux kilomètres en cote jusqu'au centre pénitentiaire pour une demi-heure de visite.
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Domaine
Livres Essais et documents
Sous-domaine
Actualité et Société
Catégorie
prison
Public(s)
tous publics
Nombre de pages
197
ISBN
2-7481-9876-X
EAN
9782748198768
Date de parution
18.04.2009
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