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La Muse amusée
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Albertine Gentou
Présentation
Le portrait coloré de la muse de Saint-Exupéry : Louise de Vilmorin Entre mondanités et créativité : l’univers intérieur d'une femme hors du commun Louise de Vilmorin (1902-1969), issue d’une famille de botanistes renommés depuis Louis XV, fut une des grandes dames de son époque. Muse de Saint-Exupéry, Malraux, Cocteau, et mille autres, Louise ne subjuguait pas seulement par sa beauté, mais par sa fantaisie. Cette amoureuse aux multiples conquêtes, fidèle en amitié jusqu’à l’obsession, affirma son indépendance bien avant l’émancipation des femmes. Arrivée à la littérature en 1934, elle impose un style. Ses poèmes, ses romans révèlent un monde merveilleux où l’absurde se moque des conventions. A travers l’oeuvre de Louise de Vilmorin, cet essai déchiffre l’univers intérieur de l’artiste.
Extrait du livre
Certains matins se moquent du sort de la destinée. Un vent mauvais fait frissonner les arbres. Les pensées agitent le cœur de sinistres pressentiments et abîment l'âme de l'incertitude la plus brûlante. Le centre de l'entendement, le siège des facultés mentales, doit s'incliner devant la grippe ou, mal parfois plus banal, l'inflammation des fosses nasales, que l'on appelle vulgairement, faisant fi de toute coquetterie, le rhume de cerveau. Un de ces frileux matins de l'hiver 1969, Louise, engourdie par un refroidissement qu'elle aimerait mépriser, réfléchit au tourment de l'instant. La pâle lumière de décembre filtre à travers les persiennes et baigne son havre de repos d'un éclat inquiétant. Plus que les effets du temps ou de l'infection, Louise craint les ravages d'un mauvais éclairage. Si elle a, toute sa vie, regardé son entourage avec tendresse, ses beaux yeux n'eurent jamais pour elle aucune indulgence. Dans sa maturité, elle se refuse de voir quelle charmante ensorceleuse elle est, avec son sourire mutin, ses dents écartées à la mesure du bonheur, sa silhouette de sylphide, ses longues mains gracieuses et élégantes comme les ailes des papillons. Mais ce n'est pas à soixante-sept ans consommés que Louise va cesser de se rudoyer et changer. « Un portrait, écrivit-elle un jour, ne me plaît et je ne le trouve ressemblant que s'il m'embellit ne serait ce qu'un tout petit peu, s'il ressemble à ce que je voudrais être et surtout à ce que je m'ingénie à paraître...» Comme un grand nombre de femmes, alors qu'elle gardait le secret espoir de paraître plus belle que nature, elle espérait convaincre qui la regardait de l'invisible beauté discrètement cachée sous ses imperfections. Et de poursuivre : «M'embellir, c'est me placer sous la lumière qui me convient et me permet tout en étant moi même de devenir celle qui me rassure...» Pour illustrer ces propos, elle s'était souvenue d'une anecdote : « Ainsi dernièrement j'étais chez des amis qui me dirent : « - Il faut que tu voies les photographies que nous avons prises de toi cet été. « Alors on apporte l'album, tout le monde s'approche, je me penche en souriant, en me pourléchant et crac ! Sous un arbre, sur une plage ou au sortir d'une auberge, je vois, bien campé, ballonné mais fripé un véritable monstre... « - Et ce n'est pas posé, me dit-on. « - Pour faire de belles photographies, commente un connaisseur, il faut une belle lumière... » Et elle de conclure : « - Que la lumière soit et la lumière déçoit ! » Il n'y a pas de pires souvenirs que ceux qui vous donnent raison. Ainsi aujourd'hui, Louise en est sûre, la luminosité hivernale, froide d'indifférence, irradie ses traits d'un reflet cadavérique. Les efforts de Iolé, sa fidèle femme de chambre, attentive comme tous les matins à la rendre présentable, vont se révéler aussi héroïques que la rénovation, actuellement en cours, des monuments historiques. Pour faire oublier à sa cour d'admirateurs qu'elle n'est plus la promise que du Père Lachaise, elle accepte la parade et ses subterfuges. (Page 19)
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Domaine
Livres Essais et documents
Sous-domaine
Histoire et Politique
Public(s)
tous publics
Nombre de pages
201
ISBN
2-7481-6964-6
EAN
9782748169645
Date de parution
08.02.2006
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