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Science de la Ban-lieue
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Pierre Franklin Tavares
Présentation
La Science de la Ban-lieue est un essai, qui se compose de quatre parties principales. Les trois premières répondent à une question centrale de type socratique : qu'est-ce que la ban-lieue ? La réponse : un signe, au sens linguistique du terme. Ainsi, la linguistique générale fournit-elle ici un modèle, le signe, c'est-à-dire un triptyque composé d'un signifiant (son), un signifié (concept) et un référé (réalité), par lequel sont méthodiquement ordonnés tous les faits constitutifs de la ban-lieue. La dernière partie touche aux réformes nécessaires. L'essai prend appui dans la langue française, développe une herméneutique et met à profit ses immenses ressources étymologiques et lexicales, pour tenter de cerner l'épure de la ban-lieue.
Extrait du livre
Dans l'histoire universelle moderne, le fait est unique. En France seule, et nulle part ailleurs, au cœur d'une crise qui croît comme inéluctable et irréversible, la ban-lieue, cette ultime hoirie du Moyen-Âge, est en phase d'accomplissement. […] En réalité, la crise de la ban-lieue revêt et déploie deux dimensions majeures. En premier lieu, au plan historique, elle est la formidable distorsion que le troisième « moment » du signe - le référé - impose à la cohésion nationale. En deuxième lieu, au plan pratique et cognitif, elle consiste en l'incapacité des pouvoirs publics à élaborer de projets urbains de sortie de crise, mais également dans la défaillance théorique de la communauté des sciences sociales et morales à concevoir des modèles relatifs à la nature de la ban-lieue ; en l'inaptitude technique et locative des bailleurs sociaux à gérer les quartiers sensibles, et dans l'utopisme apathique des travailleurs sociaux. Aucun de ces quatre corps n'a pu encore s'élever à la saisie de la nature et de totalité du signe. Dans le prolongement de cette double observation, le second point capital est celui du sens de la crise. Or, le sens est le côté et le mode par lequel un phénomène progresse de façon nécessaire. Mais le sens est aussi télos ou finalité. Selon Hegel : « L'histoire avance toujours par le mauvais côté ». Pour la ban-lieue, ce « mauvais côté » est la crise. Et la ban-lieue - dernier héritage du Moyen Âge qui demeure la grande question irrésolue de la Révolution Française - avance inéluctablement vers le post-ban. Sous ce rapport, elle n'est pas seulement l'ordalie de la République. Elle est ce qui engage la France tout entière dans le sillage et l'horizon qui sans cesse sont le sien : l'extension de la République universelle. […] Au reste, à y prêter véritable attention, qu'appelle-t-on l'essence des choses, sinon cela même qui est ban-al, c'est-à-dire cela qui est commun ou le plus commun à toutes les choses ou les classes d'êtres ? Ainsi, l'Être lui-même entretient-il une parenté profonde voire une identité avec le banal. La notion et la loi de la gravité universelle établies par Newton en sont un parfait exemple, pour expliquer le mouvement des corps terrestres et célestes. Et n'est-ce pas banalement, assis sous un pommier, qu'il en eût l'intuition ? Par ailleurs, à considérer de près la possibilité même de la pensée pensante, il n'est nullement erroné de dire que sans le ban-al, ou la ban-alité, eut-il été possible d'établir une catégoriologie, toute ontologie ou science exacte ? Le ban-al n'est-il pas l'être lui-même qui, en toutes choses, est ou n'est pas, ou n'est pas assez ? N'est-il pas l'élément unique et à la fois le plus général de tout étant ? C'est bien parce qu'il est banal que l'être est unique. Car le banal est « lien ». En réalité, toute l'histoire de la philosophie n'aura consisté qu'en la recherche du ban-al, cette essence cachée en toute chose. Et c'est justement parce que nous ne pensons pas ban-alement que nous recherchons autre chose ; et qu'il y a affaissement de l'être et des valeurs. Ainsi, pour qui l'entend en propre, c'est-à-dire non plus à partir de ce que nous appellerons ici le paradoxe de Arendt, ban-alisation signifie ce qui entre (est intro-duit) dans le « ban » sous la modalité d'un proto-kollon (proto-cole : premier collage, collage originaire)
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Domaine
Livres Essais et documents
Sous-domaine
Public(s)
tout public
Nombre de pages
359
ISBN
2-7481-6870-4
EAN
9782748168709
Date de parution
05.11.2005
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