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11 novembre 53
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Joan Ott
Présentation
Les douze personnages de cette saga ont en commun bien des souvenirs. L'un d'entre eux en particulier, la mort de Jean -devenu John après la libération- renforce les liens qui unissent les membres de cette famille et donne son titre au recueil. 11 novembre 53 nous offre un voyage dans le temps, depuis 1870 jusqu'à nos jours, dans cette Alsace tantôt française tantôt allemande, toujours présente, même si, comme la disparition tragique autant qu'intempestive de John, cette Alsace tiraillée et meurtrie n'est le plus souvent qu'évoquée.
Extrait du livre
Mais elle est bancale cette chaise, me voilà assise toute de travers. Il faudra que je leur dise demain, il ne faudra pas que j'oublie. Tout de même, je leur laisse tous mes sous, toute ma pension y passe, chaque mois, et encore, ça ne suffit pas, il faut prendre sur mes économies, moi qui voulais tout laisser à Marthe, pauvre Marthe, elle n'aura pas tout, loin de là, cinq ans que je suis là, déjà, c'est fou comme le temps passe, et mes économies, alors ils pourraient au moins fournir des chaises convenables. Leur dire demain : J'ai droit à une chaise normale, qui ne penche pas. Avec tout ce que je leur laisse, une chaise en bon état, il me semble que ce n'est pas trop demander, il me semble que j'y ai droit. Oui, j'y ai droit. A plus de quatre-vingt-dix-sept ans, ce n'est vraiment pas exagéré d'exiger une chaise sur laquelle je puisse encore me tenir droite. C'est bien la seule chose que je demande, et quand j'y pense, c'est peut-être même la première fois que je demande, que j'exige quelque chose. Toute ma vie, j'ai beau y penser, non, vraiment, je ne vois pas, il ne me semble pas avoir jamais rien demandé. Demander, exiger, dans ma famille, ça ne se faisait pas. Non, on ne peut même pas dire les choses comme cela. Ce n'est pas tant que cela ne se faisait pas, c'est plutôt que nul d'entre nous n'y aurait songé. A la ferrne, nous étions neuf, et j'étais l'aînée, et fille, c'est tout dire. Le Père et la Mère étaient aux champs toute la journée. Moi, j'allais à l'école, bien sûr, et en rentrant il y avait les devoirs, sinon la soeur vous tapait sur les doigts avec sa règle en fer, alors il valait mieux apprendre ses leçons. Ce n'était pas très difficile, j'étais bonne élève, j'apprenais vite, pas comme Stéphanie, ma petite soeur, qui avait du mal, tellement de mal que pour son certificat d'études, le Père avait donné un sac de pommes de terre à l'inspecteur. Elle avait été reçue, Stéphanie. De justesse, et grâce au sac de pommes de terre. On ne s'en vantait pas, bien sûr, mais malgré tout, ça s'était su au village, et on avait jasé. Quand je rentrais de l'école, il fallait que je m'occupe des petits. Mes devoirs, je les faisais plus tard, quand ils étaient couchés. Je leur donnais leur tartine, une tranche de pain sans rien, ou alors juste un peu de beurre, et puis j'aidais ceux qui allaient déjà à l'école à faire leur page d' écriture, et les plus petits, je les prenais chacun à leur tour dans mes bras, et en même temps, je préparais la soupe. Je me demande comment je parvenais à faire tout cela en même temps, mais c'est un fait que je le faisais, je devais avoir de l'entraînement. Tout de même, une ou deux fois, ça avait failli mal toumer. Je revois encore Léon, le jour ou il avait voulu faire comme les funambules qu'il avait vus au cirque la veille. Je ne sais plus par quel miracle le Père l'avait emmené, mais ça l'avait frappé, Léon. Alors, il avait voulu faire pareil. Quel âge pouvait-il avoir… quatre ou cinq ans peut-être. Il avait placé une rame à haricots en équilibre sur deux murets, il était monté sur la rame, il avait eu le temps de faire deux ou trois pas, et naturellement, il était tombé. Un beau vol plané. Sa tête avait heurté le muret, son nez s'était mis à saigner, ça ne voulait plus s'arrêter.
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Domaine
Livres Fiction et Littérature
Sous-domaine
Romans et Nouvelles
Catégorie
Roman et Régions
Public(s)
tous publics
Nombre de pages
111
ISBN
2-7481-6412-1
EAN
9782748164121
Date de parution
06.05.2009
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