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Alain Pelosato
Présentation
Alain Pelosato raconte sa vie de militant du PCF de 1968 à 2003, et sa vie de militant de l’édition et d’écrivain de 1993 à 2004. Il a rencontré beaucoup de gens qui constituent ce qu’on appelle le fandom, c’est-à-dire les fans de science fiction en France et autres pays francophones. Ce témoignage vivant respecte scrupuleusement les noms de tous les acteurs de la politique et de l’édition qu’Alain Pelosato a rencontrés. C’est une histoire vraie suivie d’un conte philosophique : Le Spectre. Le titre de cette nouvelle reprend de manière ironique le terme employé par Marx dans sa fameuse phrase « Un spectre hante l’Europe : le spectre du communisme. »
Extrait du livre
Dis-toi bien que tu ne dois rien à l’appareil, c’est l’appareil qui te doit tout. J’ai un esprit ultra rapide. C’est extrêmement dur à vivre. Epuisant ! Il faut pouvoir me supporter. Mon meilleur ami, Alfred, un jour m’a dit : « Tu es un asocial ». Je comprends ce qu’il voulait dire. Mais je n’ai eu vraiment conscience, disons, de ma nature, qu’il y a quelque temps. Jusque-là (et cela représente quarante-cinq ans !) je faisais comme les innombrables gens de mon espèce : je culpabilisais. Ce dont j’ai toujours eu besoin, c’est d’un guide pour me placer, sinon dans la norme, au moins dans une norme. La pression intérieure m’a fait choisir une « norme » révolutionnaire. Je fus fasciné par « l’appareil ». Enfin quelque chose, quelqu’un qui me permettait d’avoir un guide tout en étant révolutionnaire, un guide pour bousculer tout ce monde lent et répressif. Quand j’ai, disons, « épousé » « l’appareil » du parti, après quelque temps, cela s’est traduit dans mon inconscient comme une trahison de l’autorité paternelle. Et, bien des années plus tard, quand j’ai « divorcé » avec cet appareil, et me suis retrouvé seul face à moi-même. J’ai décidé de me retrouver moi-même et d’être ainsi insupportable ! Tant pis pour vous... L’école m’a toujours ennuyé : trop lent ! J’ai rarement été un bon élève car je m’endormais les yeux ouverts devant cette lenteur. Je n’ai pas été un bon professeur : trop impatient devant tant de lenteur. Pour être un bon écrivain, je dois maîtriser mon élan : l’écriture est si lente devant la fulgurante émission de ma matière grise. Mon corps a toujours été l’objet de mon mépris : trop lent ! Je crois qu’il y a beaucoup de gens comme moi. La plupart ne résistent pas face à cette pression. Ils finissent clochards, complètement paranoïaques, ou aigris et misanthropes. J’ai du mal à ne pas être impatient lors d’une conversation et ma tendance naturelle est de monopoliser la parole ; des « qualités » excellentes pour un militant. Mais devant le représentant de « l’appareil » il faut se taire et écouter. Certaines femmes ne m’aimaient guère car elles me prenaient ainsi pour un macho... J’ai le clair souvenir d’avoir lu quelque part un texte écrit pas un scientifique qui avait constaté que les partis communistes étaient forts dans les sociétés fortement patriarcales. Cette analyse freudienne, (Freud fut complètement rejeté par « l’appareil » pendant très longtemps, suivant en cela la politique officielle soviétique dans ce domaine) je ne pouvais que la rejeter, idéologie de « l’appareil » oblige. Néanmoins, elle m’avait séduit, car j’y reconnaissais inconsciemment ma propre expérience. Mais je ne pouvais évidemment l’admettre. C’était là l’utilité fondamentale de « l’appareil » pour moi : un outil servant mon auto-répression, en quelque sorte un Surmoi librement choisi. Formidable non ? Évidemment, il n’y avait pas que cette seule motivation. Il y avait la fascination des idées, de cette idéologie si bien construite, huilée comme une machine. Elle ralentissait, rythmait les petits rouages extrêmement rapides de mes petites cellules grises, si chères à Hercule Poirot. Le « socialisme scientifique » ! Quelle expression autant géniale que trompeuse, séduisante pour un intellectuel de formation scientifique. Mais tellement fausse !
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Domaine
Livres Essais et documents
Sous-domaine
Politique
Public(s)
tous publics
Nombre de pages
207
ISBN
2-7481-6070-3
EAN
9782748160703
Date de parution
11.05.2005
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Les larmes invisibles
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Lemanuscrit
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finaliste prix du premier roman 2008 éditions le Manuscrit
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