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Raconte moi Constantine
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Olga Cardinale
 
Présentation
Lequel d’entre nous ne s’est jamais abandonné à ses rêves, avec l’espoir de les réaliser un jour ? En ce qui me concerne, j’ai souvent songé : Quand je serai à la retraite, j’écrirai un livre. Soixante ans, c’est l’âge où l’on a envie de faire le bilan de cette longue première étape de la vie, sans doute la plus importante, celle où l’on s’est construit, où l’on a souffert, où l’on a été parfois heureux, parfois malheureux, où l’on a acquis une riche expérience. Mes chers enfants, futurs petits-enfants, nièces, neveux, j’avais envie de vous laisser ce modeste patrimoine, peut-être par égoïsme, car ce livre, s’il ne tombe pas dans les « oubliettes », me permettra, à travers ces histoires vécues, de rester quelque part immortelle.
Extrait du livre
Nous dormons par terre, sur des matelas. Nous pleurons. Maman nous réconforte. Papa sanglote comme un enfant. Lui, le "chef de famille", comme il aimait se proclamer, a tout perdu : son pays, sa ville, sa proche famille qui a rejoint Paris, son café de France où il allait se distraire. Il a perdu ses repères. Tout est à reconstruire. Il n'a qu'un désir utopique : retourner en Algérie car, ici, la vie lui semble impossible. Il se lamente et lance à répétition, ce cri de désespoir, en roulant les "R" : "Nous sommes partis à la dérive !" Cette phrase me laisse imaginer un bateau poussé par un maudit courant et prêt à dériver, à échouer. La situation est presque comique. Les rôles s'inversent. Nous, enfants, essayons d'être forts face à la faiblesse du père. Nous avons pitié de lui. Comme maman, nous l'encourageons. Malgré cela, il jure de retourner en Algérie. Maman l'en croit tout à fait capable et lui répond, effarée : " Mais... si tu retournes, ils vont t'assassiner !" "Ils", c'étaient les fellagahs. Aussitôt, la même phrase de désespoir revient avec force : "Nous sommes partis à la dérive ! Il faut retourner à Constantine !" A ce moment, Lucie, âgée alors de dix-huit ans, regarde mon père avec de grands yeux ébahis qui semblent dire : "Mon père a perdu la raison !" Puis un fou rire nerveux, irrésistible et incontrôlable s'empare d'elle et devient communicatif pour tous, sauf pour papa qui ne comprend pas cette réaction qu'il trouve stupide dans ces moments aussi graves. Il se met en colère et court après Lucie, une savate à la main, en la menaçant. Cette comédie dramatique se répète chaque jour. Au fil des semaines, nous nous efforçons de retrouver une place dans la nouvelle société, bien que tout nous paraisse hostile et impitoyable. Déjà, plus rien ne rappelle ce que nous avons mémorisé à jamais : odeurs, couleurs, saveurs. Nous avons perdu nos repères. Tout nous manque à présent : nos amis, nos voisins, nos collègues, notre soleil si généreux ! Nous sommes désorientés. Les produits alimentaires nous semblent fades, sans goût. La grisaille lyonnaise nous attriste. Le froid, le gel nous agressent. Les gens sont froids, indifférents, aucunement concernés par nos problèmes. Certains nous regardent curieusement. La ville de Lyon nous paraît immense; nous avons tout à apprendre d'elle. Yvette et moi faisons du porte à porte pour retrouver du travail au plus vite. Nous nous perdons souvent dans les rues. Comme tout un chacun, dans cette ville où tout semble être organisé pour des gens pressés, lorsque nous montons dans un bus, nous devons annoncer au chauffeur : "abonné". Parfois, Yvette se trompe et annonce "rapatriée". Drôle de lapsus ! Le fou rire nous gagne au milieu de notre désarroi. Le bureau d'embauche, situé dans ces années-là Place du Pont, ne nous promet rien. L'employée que nous sollicitons doute de la valeur de nos diplômes : peut-être une certaine ignorance (ou une ignorance certaine) que l'Algérie c'était la France ! Elle nous répond avec mépris et suspicion que, même si nous avions la chance de retrouver un emploi, il ne fallait pas espérer le même salaire car, disait-elle, "là-bas, vous bénéficiiez du tiers colonial", laissant sous-entendre que, "là-bas", nous étions des colons privilégiés.
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