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C'est maintenant que tout a lieu
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Philippe Leteissier
Présentation
Il n'y a d'ancrage que dans ce qui est en train de s'écrire. C'est maintenant que tout a lieu n'est que la poésie de son auteur à l'instant où il la produit. La marge demeure la marge; en son autour ne se situe pas le poème. Il faut aller puiser ici et nulle part ailleurs, ni autrement.
Extrait du livre
Il ne s'agit pas d'une quittance ordinaire. Qui aurait parié sur l'ouverture d'une parole? Et cependant. C'est maintenant que tout a lieu. Toute la surprise du gain dans le peu de la mise. On ne se refuse pas quelques embardées. La barque est sagement menée. Rien ne la rassure. Elle goûte ses propres peurs. Elle s'en fait cadeau. Et rien ne résiste. Pas même l'appel désolé de la rive rare d'embarcations. Mais où s'en sont-elles allées? Elles participent toutes du même naufrage. Elles connaîtront bientôt le fin mot de l'histoire. Elles seront au bord de la rupture. Elles engageront une danse funeste de réconciliation. Elles en voudront à leur auteur, resté sur la berge, les pieds au sec. Elles demeureront. Elles cesseront. Elles rayeront au passage de leurs ongles acérés, la surface du miroir. "C'est maintenant que tout a lieu!" te susurreront-elles à l'oreille. "C'est maintenant que tout a lieu!" répéteras-tu inlassablement. D'une main à l'autre. Le sort ira d'une main à l'autre. Et nous compterons chaque tour. Et d'une main à l'autre, il y aura l'écart d'un nouveau silence. Une rondeur. Une plénitude. Un essai de volume au creux de la page. Un divertissement. Un brusque changement de cap. A peine perceptible. Une onde infime aux perspectives cosmiques. Juste la tentative d'un geste qui restera au fond de la gorge. Qui ne trouvera qu'en rêve l'occasion de déployer, dans un rire généreux, toute la vérité de notre profonde déchirure. Un de ces rires qui résonnent, qui ébranlent. Un rire de sel à la mine cave et grise. Il y aura sur toutes les lèvres un refrain de moisson abandonnée aux pluies et aux vents de l'automne. Un point sans nombre et sans nom. A première vue c'est un cap à franchir. Puis très vite, on y est. Et l'habitude prend le relais. S'installe presque définitivement. Sa terre colle à la semelle. On répudie le moindre sourire. Rien ne tient. Tout s'emmêle. La joie comme le gel. Le rideau nous dévoile ses plis. Les plis les plus sourds. Les pas se confondent dans la course. La main se tend à l'espoir. Le matin se délie. Bon nombre d'entre nous abandonnent avant le point de chute. On ânonne quelques gestes. On se laisse faire. On succombe sous le poids des lignes qu'il reste à tracer. On sort faire un tour. On rentre, pour s'apercevoir qu'on n'a jamais quitté ses fers. On se résigne. On pense déjà à un nouveau départ. Le toit n'en veut plus au seuil de s'ouvrir au levant. Sa tâche est plus ardue. Il supporte davantage qu'un horizon lointain: une gondole d'étoiles ou bien d'azur. Il y a toute fois la marque d'un espoir jamais tenté qui luit dans un coin. La cheminé ou l'oeil de boeuf mène un combat similaire. A première vue, toi, tu n'es pas encore sortie. Tu attends patiemment ton tour, avec les autres, sur le pas. Tu restes dehors. Tout se joue pour toi dehors. Tu voudrais y être, y planter ton drapeau. Mais la chape est d'un béton armé d'un remords irrépressible. Elle rit volontiers dans ses rares failles. Elle rit mincement. Elle rit avec et contre toi. Elle est ta seule pelouse. Ton unique question. Il te faudrait pour l'entamer, une masse d'un autre âge et des bras de titan. Il te faudrait surtout passer ce seuil dont l'accès t'est pour le moment refusé. Tu ne peux soulever la paupière qu'au prix d'un effort démesuré. Tout est finalement ramené à un système compliqué de battants, de volets, de panneaux qu'on tire chaque soir après la représentation. Et rien ne filtr
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Domaine
Livres Fiction et Littérature
Sous-domaine
Poésie/Slam/Contes
Public(s)
tout public
Nombre de pages
64
ISBN
2-7481-3802-3
EAN
9782748138023
Date de parution
31.12.2003
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