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Rouge Brun
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Yann Landry
 
Présentation
Firmin est assistant social. Firmin est malade. Se soigner n'est plus une solution. D'autres problèmes sont à résoudre. Trop lourds pour Firmin. Il va trouver sa voix, sa voie, une pérégrination qui durera entre une semaine et quelques mois. Le temps de trouver et de se perdre définitivement. Tout en avançant toujours, une fuite en diagonale des choses. Une errance au travers de tout et inconsciemment au plus proche du vide. Firmin va nous conduire dans sa réalité, nous convier à prendre part au ridicule, au cas ou nous ne l'envisagions pas déjà...
Extrait du livre
Je dois garder le silence, les mots sont trop lourds, emplis d'une fatigante pesanteur. J'ai l'impression de m'être trompé de quai, d'avoir pris le mauvais train, le paysage si gris de l'est parisien est trop clair, si lumineux ; le soleil se libère enfin en ces premiers jours de mai. Cette clarté me trompe ainsi que le train qui ralentit plus tôt qu'à l'habitude, je ne sais pourtant si c'est un autre jour ou si je suis conduit autre part. Je me dois de garder le silence. Abrutissement des paroles trop fluides dans une cohorte de pensées obscures. La parole n'a plus aucun sens esthétique pour moi, tout juste un sens dans les relations humaines utilitaires. Il y a aussi une bonne femme en collants à fleurs de couleur pastel agrémentés d'une jupe légère. Je n'ai aperçu que ses jambes. Tous les gens ne sont que des jambes avançant sans grand but. Je dois me taire, taire l'intelligence. Je marche beaucoup aussi, la lenteur de mes pas s'associe à la lourdeur des paroles, je sais souvent où me rendre, Lusaka, Mbuji-Mayi, Maiduguri, Wau, toujours trop loin, trop de prétentions romanesques alors je ne m'abandonne qu'aux boulevards parisiens. Je comprends alors, à mesure que j'avance, les langues étrangères, pas les gens, plus les gens, seulement les langues. J'ai besoin du portugais comme d'autres ont besoin de pomme de terre, pour se remplir après des journées de purge. Je ne fais que de faibles provisions – pourquoi sortir de la seule nécessitée ?– une fois après avoir fini les précédentes. Je peux mesurer à chaque instant mon dénuement sans grande peine. Je garde le silence comme capital, il pèse sur la poitrine chaque jour un peu plus, pour l'assortir je me retiens de chier. Etre serré de toute part pour mieux se ressentir.
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