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Le Manuscrit de Cayeux-sur-Mer juillet-août 1945
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Denise Holstein
 
Présentation
Je suis revenue maintenant mais ces visions d'horreur, je crois, ne pourront plus jamais me quitter, et d'ailleurs je ne veux pas oublier, les Français oublient eux beaucoup trop vite et surtout ceux qui n'ont pas souffert c'est-à-dire ceux qui ne sont pas passés entre les mains des Allemands. Ce sont là les dernières lignes du texte reproduit dans ce livre que Denise Holstein a patiemment tapé à la machine durant l'été 1945 pour extérioriser ce qu'elle vient de subir de mai 1942 jusqu'à son retour de déportation en mai 1945. Ces trois ans qui ont brisé son adolescence et son univers, sont racontés avec la bouleversante simplicité de ses dix-huit ans et la précision due à la proximité des événements dramatiques qu'elle évoque : l'assassi
Extrait du livre
Un beau jour nous voyons une panique folle dans la pièce, le docteur Mengele doit venir, je ne comprenais [pas] ce que cet homme pouvait avoir de puissant pour causer une telle frayeur. De vieilles internées m'expliquèrent que cet homme avait sur la conscience la vie de deux millions et demi de Juifs. Un homme grand et fort d'une carrure large entra et je pus voir son visage à l'expression assez dure mais dont les traits étaient si réguliers que je crus avoir un Dieu devant moi. Était-ce un Dieu, était-ce un homme, était-ce un diable ? D'une voix au timbre impérieux il lut une liste de noms dans laquelle j'étais, et nous fit descendre du lit, retirer nos chemises de nuit et en face de chaque nom il faisait un petit signe que nous ne pouvions pas comprendre : lesquelles de nous seraient-elles choisies, peut-être même toutes, mais il n'y avait rien à espérer. Les malheureuses sanglotaient tenant leurs enfants dans les bras serrés contre elles, d'autres devenaient complètement folles et s'arrachaient les cheveux, moi devant ce spectacle d'horreur je dois dire que je suis restée assez calme, étais-je résignée à ma mort, ou avais-je confiance en Dieu, je ne sais pas mais cette nuit-là je dormis aussi bien que les autres nuits. Les infirmières voyant la panique vinrent clouer les portes pour que personne ne tente de s'échapper. Il faisait déjà nuit noire et pour que la scène fût plus lugubre encore il n'y avait pas de lumière, et c'est avec une lumière rouge qu'elles traversèrent la pièce et dans une semi-obscurité qu'on entendait le bruit du marteau. Le lendemain arriva, rien ne fut changé au programme habituel si ce n'est que tout le monde ou presque avait une tête on peut le dire d'enterrement. La journée se passa sans incident et c'est le soir que la Schreiberin entra dans la pièce et lut une longue liste sur laquelle mon nom ne figurait pas mais celui de toutes les femmes maigres, de celles qui avaient des enfants et de toutes celles qui avaient le typhus. C'est alors que je compris qu'elles allaient être conduites à la chambre à gaz et ensuite brûlées. Les hommes que nous avions vus dans le camp avaient donc dit la vérité en nous parlant du four crématoire. Jusqu'à ce jour je n'avais rien cru de tout cela et je compris enfin que toutes les personnes qui n'étaient pas rentrées dans le camp avec nous avaient subi ce sort affreux. Était-ce possible que tous mes petits que j'aimais tant étaient, comme le disait mon sauveur, transformés en savon ? Ces malheureuses femmes furent mises dans une pièce à côté où elles restèrent vingt-quatre heures sans rien avoir à manger. De notre chambre nous entendions les cris de détresse de ces femmes. Le soir venu, on les déshabilla, on leur retira les chaussures et elles furent mises en hurlant dans les camions, les enfants venaient d'être séparés de leur mère qu'on renvoyait pour travailler dans le camp. Le lendemain, la vie reprit son cours normal. Je fus prise d'une dysenterie terrible. Au bout de quelques jours nous fûmes transférées dans le Block d'à côté. Durant trois semaines je ne pus rien avaler, il n'y avait rien pour me calmer. Enfin, ayant été quelques jours à deux doigts de la mort, la vie reprit le dessus et je commençais à me remonter assez vite. Je repris des forces lentement, j'avais
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